Introduction

 

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Le titre original de mon livre, A barefoot Doctor’s Guide for Women (2007) faisait référence à la génération de jeunes chinois, formés à la va-vite en médecine traditionnelle chinoise pour pallier la faillite du système de santé, imputable essentiellement à la mise au ban des médecins et autres intellectuels pendant la Révolution culturelle (1966-74). Leur formation consistait en un strict savoir de base d’acupuncture traditionnelle et de thérapie manuelle. Ces jeunes pouvaient, le cas échéant, servir d’accoucheur ou remettre des os cassés en place. Ils vivaient et pratiquaient au milieu des ouvriers ou travailleurs agricoles, aussi pauvres que leurs patients, au point qu’on les appela «les médecins aux pieds nus». Tels des guérilleros d’une médecine de survie, ils n’avaient pour toutes ressources que leurs mains et leurs aiguilles d’acupuncture. Et pour tout guide, que leur faculté d’observation.

Cette faculté d’observation, nous l’avons tous. Tels ces jeunes chinois des années Mao, nous sommes capables d’évaluer un état de santé à de multiples signes, comme une peau sèche, des ongles ou des cheveux dévitalisés, une haleine lourde, le blanc de l’œil coloré, voire des orbites gonflées. Quantité d’autres manifestations peuvent nous alerter sur des habitudes, des excès ou des manques: un pouls irrégulier, des articulations enflées, une transpiration inhabituelle, des flatulences, sans parler des variations du tour de taille. Ne vous est-il pas arrivé, à vous aussi, de prendre conscience de l’extrême pâleur de quelqu’un autour de vous, ou de sa difficulté à respirer?

Pour ce qui est moins apparent, quelques questions simples sur la douleur, son intensité et sa fréquence, permettent souvent d’aller plus loin. La douleur est-elle variable au cours de la journée, et si oui à quel moment ou après quel type d’activité s’installe-t-elle? Dans le passé, ces signaux et renseignements guidaient les professionnels de la santé, tout comme n’importe quel observateur avisé. Ils doivent, aujourd’hui encore, servir de base au diagnostic, même si l’imagerie médicale et les analyses de laboratoire à disposition deviennent de plus en plus sophistiquées. La technologie moderne coûte cher et doit servir en priorité à ceux qui sont en danger.

Je sais que parmi ceux qui pratiquent, comme moi, la médecine manuelle, il en est qui, malgré un sens de l’observation développé, hésitent à sortir de leur spécialisation. Mais le fait de ne pas pouvoir intervenir eux-mêmes sur un symptôme ou un dérèglement ne les dispense pas de signaler ce qui doit l’être, afin que leurs patients puissent faire appel à d’autres praticiens. Je m’étonne en particulier d’entendre certains collègues me dire que ce n’est pas à eux de parler à leurs patientes d’un éventuel problème de santé féminine qu’ils auraient suspecté. A leur décharge, il est vrai que nous avons, nous, femmes thérapeutes, le gros avantage d’être sur un pied d’égalité avec nos patientes. Et par expérience, je sais que les femmes n’hésitent jamais à répondre quand on prend la peine de les interroger, même sur des aspects plus intimes de leurs vies.

La bonne nouvelle, c’est qu’il y a beaucoup plus de femmes qu’autrefois qui pratiquent des médecines manuelles, soient-elles «Rolfers», chiropraticiennes, ostéopathes, voire formées aux méthodes «Pilates» ou Mézières, pour n’en citer que quelques-unes. Il y a de fortes chances qu’il y en ait, parmi elles, qui font face elles-mêmes à des «problèmes de femme» et qu’elles s’y intéressent alors de plus près. C’est dire que le voile commence enfin à être levé sur le tabou qu’a pu constituer jusqu’ici le domaine de la physiologie féminine. Mon professeur et ami, Jan Sultan, un pilier du Rolf Institute[1], me disait récemment, en levant ses sourcils d’étonnement: «Je n’ai jamais formé autant de femmes qu’actuellement et suis tout aussi impressionné de constater à quel point elles sont douées. Je pense qu’à l’avenir ce sont les femmes qui domineront la profession médicale. Et c’est une bonne chose».


  1. Rolf Institute of Structural Integration: Il s’agit de l’institution qui forme les «Rolfers». www.rolf.org

License

La physiologie féminine dans tous ses états© 2013 par Georgette Maria Delvaux. Tous droits réservés.

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