9 L’ostéoporose

«C’est la théorie qui nous fait percevoir.»

Albert Einstein (1897-1955)

 

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Les deux hypothèses les plus communément admises sur l’ostéoporose sont, d’une part, qu’une fois diagnostiquée, celle-ci ne disparaîtra pas, et d’autre part qu’il s’agit d’une déminéralisation osseuse fréquente chez les femmes ménopausées obéissant à certains critères bien établis. Ainsi, les plus exposées seraient petites et maigres, blondes, de race blanche et originaires d’un pays industrialisé du nord de l’Europe. Elles auraient aussi le tort d’avoir un mode de vie trop sédentaire, de fumer et de boire de l’alcool. En clair, compte tenu de tous ces facteurs de risque, mieux vaut ne pas être une femme si l’on veut éviter l’ostéoporose. Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre!

J’ai beau savoir que l’ostéoporose est supposée toucher en priorité les femmes ménopausées, aucun des arguments avancés dans ce sens ne m’a vraiment convaincue. Je me demande même si cette hypothèse n’a pas contribué à écarter d’autres causes probables. Personnellement, je ne suis pas certaine que l’ostéoporose soit liée à la ménopause. Je connais des femmes jeunes, ou du moins encore réglées, dont la densité osseuse est plus basse que normale. Considérer la ménopause comme la cause de l’ostéoporose vient sans doute du nombre de coïncidences constatées entre l’une et l’autre. L’ostéoporose peut être lié à la fois au vieillissement, à une vie sédentaire et à une mauvaise nutrition. Elle touche d’ailleurs aussi les hommes, bien que plus rarement, surtout si l’âge ou la maladie les ont rendus sédentaires, ou qu’ils se nourrissent mal.

Ce dont nous sommes absolument surs, c’est qu’il y a, petit à petit, davantage de cellules qui se débarrassent de vieux tissus osseux, que de cellules qui en génèrent de nouveaux, d’où un déficit du capital osseux. On attribue ce déficit à des manques  d’œstrogène, de vitamine C, de calcium et d’autres oligo-éléments, mais aussi à un déséquilibre entre calcium et magnésium, et à une absence d’exercice physique. Une autre théorie attribue la décalcification des os à l’effet conjugué d’une déshydratation et d’une consommation excessive de boissons gazeuses et d’aliments acides. Ce qui n’est pas encore prouvé, selon moi, c’est que l’ostéoporose soit causée par le seul manque d’œstrogène.

Seuls éléments solides de notre charpente, les os servent de fixation aux ligaments et aux tendons. Je pense que la santé des os dépend à égalité d’une bonne nutrition, d’une physiologie normale et de la pression de la pesanteur sur nos corps. Nous avons compris que l’exercice physique est important pour le maintien d’une bonne densité osseuse tout au long de notre vie. Les os et la pesanteur forment un couple, pour ainsi dire: grâce aux os, nous nous déplaçons dans le champ de gravité de la terre, mais sans la pesanteur, nous les perdons.

L’anecdote qui va suivre est révélatrice à ce sujet. Car il n’y a pas que les paresseux, les malades alités, ou les personnes âgées qui perdent leur masse osseuse. Des astronautes très entrainés ont aussi été affectés par l’ostéoporose! Il faut savoir qu’une fois dans leur capsule, hors du champ de gravitation terrestre, et donc sans poids, ils éliminent progressivement dans leurs urines des quantités de minéraux, importants dans la constitution osseuse. Au cours d’une longue mission, un astronaute soviétique a ainsi perdu tant de tissus osseux, qu’au retour sur terre il n’a pas survécu à la pression soudaine qu’exerça sur sa cage thoracique la pesanteur du champ gravitationnel. Depuis, on a conçu des appareils d’exercices et de musculation spécialement pour les navettes spatiales, afin de permettre aux courageux voyageurs de l’espace de maintenir leur squelette en bon état. Le corps semble donc savoir quand il a besoin d’un capital osseux. La nature n’est-elle pas bien faite?

La hanche d’une personne en bonne santé est une articulation solide, qui lui permet de faire un grand nombre de mouvements. Elle se fracture souvent, en cas d’ostéoporose. De façon générale, plus encore que les os eux-mêmes, ce sont les articulations qui sont vulnérables, et il faut en être conscient. Ceci est valable pour les femmes comme pour les hommes, même pour le mieux charpenté d’entre eux. Je pense notamment à un de mes amis, qui, s’étant laissé tenter par la cocaïne, se mit à en vendre à ses amis sous le nom de «Docteur Blanc». Surnom prédestiné, me suis-je dit quand je le revis une vingtaine d’années plus tard, les cheveux tout blancs à l’âge de cinquante ans. Mais plus encore que ses cheveux, c’est sa démarche de vieillard qui me frappa alors. Il me confia qu’il s’agissait, non d’une blessure comme je l’imaginais, mais d’une ostéonécrose aseptique bilatérale de la hanche, qu’il avait fait remplacer par une double prothèse. Concrètement, la consommation de cocaïne avait tellement altéré les petites artères qui nourrissent l’articulation des hanches, qu’elles avaient fini par disparaître. L’ostéoporose ayant fait son œuvre, les os furent réduits en morceaux. Par chance, il avait été diagnostiqué à temps.

En conclusion, l’ostéoporose est le résultat à la fois d’une carence alimentaire, d’un dysfonctionnement physiologique (incluant le déficit hormonal) et d’un manque de «gravité». Chacun de ces facteurs peut nous prendre au dépourvu, pour peu que nous négligions notre devoir de vivre intelligemment dans ce corps si bien conçu.

License

La physiologie féminine dans tous ses états© 2013 par Georgette Maria Delvaux. Tous droits réservés.

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