17 L’irritante question du pourquoi

«Il ne faut pas croire une chose simplement parce qu’on l’entend dire; ni
croire aux traditions parce qu’elles nous été transmises depuis l’antiquité;
ni croire aux rumeurs en tant que telles; ni aux écrits des sages, parce que
les sages les ont écrits; ni aux imaginations inspirées, pensons-nous, par
un Déva; ni croire aux conclusions tirées de quelque supposition faite par
nous au hasard; ni croire une chose parce qu’elle semble devoir être vraie
par analogie; ni croire sur la simple autorité de nos instructeurs et maîtres.
Mais nous devons croire la chose écrite ou parlée, ou la doctrine, si elle est
corroborée par notre propre raison et notre propre conscience.»

(Bouddha, Prince Siddhârta Gautama, 563-483 av. J.C.)

 

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On dit que la religion évolue de vérité en vérité, et la science, d’erreur en erreur. Il est probable qu’une partie de ce que j’ai écrit dans ce livre soit déjà contestable quand vous le lirez, chers lecteurs, sans que je puisse pour autant aujourd’hui départager le vrai du faux. N’hésitez pas à me faire part de ces «erreurs». J’ai aussi simplifié beaucoup de choses pour rester compréhensible, au risque de manquer parfois de précision et de me faire épingler par ceux qui en savent plus que moi. J’en tremble déjà.

Le but de mon livre est de vous épargner les inquiétudes et les nuits sans sommeil qu’occasionnent les problèmes de santé. J’estime l’avoir atteint si j’ai réussi à vous montrer l’importance d’être à l’écoute de soi et de trouver de l’aide quand on estime en avoir besoin, en privilégiant une relation sympathique et même empathique avec ceux que nous choisissons pour nous aider, sans jamais, surtout, nous laisser convaincre que nous allons bien quand nous ne nous sentons pas bien.

Il est essentiel d’avoir un médecin, ou un praticien de médecine alternative, qui vous connaisse bien, avec qui vous pouvez entretenir, en toute confiance, une relation thérapeutique authentique. Certes, il est plus conventionnel d’avoir ce type de relation avec un psychothérapeute; mais je pense qu’il est tout aussi valable d’en rechercher une aussi avec les personnes qui prennent soin de votre corps. Parce que, franchement, comment vraiment distinguer clairement ce qui relève du corps ou de l’esprit? L’un et l’autre sont si intimement liés.

C’est en m’intéressant aux cas des patients psychiatriques diagnostiqués avec un trouble de la personnalité multiple (officiellement appelé à présent trouble dissociatif de l’identité) que cette question m’est apparue pertinente. On a effectivement remarqué qu’un même patient souffrait, sur le plan physique, de problèmes de santé très différents, selon l’identité ou la personnalité vécue. Je pouvais admettre, par exemple, qu’un patient puisse souffrir d’hypertension dans une identité, mais pas dans une autre, puisqu’effectivement notre état intérieur peut modifier notre pression artérielle. Mais qu’un diabète puisse être psychosomatique est quasiment impossible à concevoir. Or il y a des cas de malades qui peuvent ne présenter une maladie physiologique comme le diabète, que lorsqu’ils se trouvent dans l’une de leurs identités et pas dans une autre[1]. En proie à une grande confusion, j’interrogeai l’un de mes professeurs: «mais alors, qui suis-je, mon corps ou mon esprit?» Il me répondit: «vous êtes celle qui observe.»

Précisément, cette observation est capitale, et avec elle, la nécessité d’une relation thérapeutique. Pour nous autres, manuels qui touchons nos patients pendant souvent plus d’une heure à chaque séance, et suivons nos patients pendant de longues semaines ou mois, voire des années, il est impossible de ne pas voir s’établir une vraie relation thérapeutique. Notre but à tous est d’aider nos patients à se sentir mieux dans leur corps, leur seul moyen d’expression. Le patient peut être, ou ne pas être, conscient de l’importance de cette relation.

Pour moi, la sympathie et l’empathie sont primordiales et relèvent du besoin de voir s’accorder ma nature et celle de la personne que j’ai choisie pour me soigner. Mais tout le monde n’est pas du type à s’épancher. En témoigne, le cas d’un de mes amis, alors en chimiothérapie pour un cancer lymphatique, à qui je téléphonais aussi souvent que possible. Un jour que je m’inquiétai de savoir si son cancérologue le connaissait et lui parlait de sa stratégie de traitement, il fut catégorique: ce qui importait était le diagnostic, le résultat des analyses et l’évolution du traitement. Pour lui, la relation de patient à médecin n’avait pas à être personnelle. Ce dernier devait se contenter de faire son boulot sans essayer de fraterniser comme s’il était en mal d’affection. C’est un tout autre point de vue, que je respecte toutefois.

Pour prendre un contre-exemple, une amie médecin m’a raconté l’une de ses premières expériences en tant qu’homéopathe. Une patiente était venue la voir, se plaignant d’une constipation chronique et ancienne, qui se révéla, d’ailleurs, être un cas très complexe. Un remède fut prescrit et, deux semaines plus tard, la patiente revint, rayonnante, manifestement ravie d’avoir trouvé un si bon médecin. Elle déclara se sentir beaucoup mieux grâce au remède. Mais voilà, elle revenait pour trouver la solution à sa constipation, qui, elle, n’avait pas disparu!

Maladie et guérison ne sont jamais simples à expliquer. Tout est toujours lié à qui nous sommes, à ce que nous faisons, à ce en quoi nous croyons, ou aux faiblesses héréditaires de notre organisme. Il peut exister des approches très différentes pour un cas de figure identique, aussi efficaces l’une que l’autre. Dans ma salle d’attente, un livre sur les rémissions spontanées[2], traite de personnes, correctement diagnostiquées avec une maladie mortelle, la plupart du temps un cancer inguérissable, mais pourtant guéries, sans qu’aucune explication scientifique ne puisse être donnée. Les médecins parlent des possibilités d’auto-guérison. On évoque la neuro-psycho-immunologie. Mais les médecins ont du mal à se mettre d’accord, ne serait-ce que sur la définition de la rémission spontanée. N’est-il vraiment pas possible d’attribuer une rémission à tel ou tel facteur? Ou est-ce eux, qui ne sont pas capables de les mettre en évidence?

Car les patients, eux, déclarent devoir leur guérison à un éventail fascinant de pratiques très diverses: prière ou méditation, hypnose, exposition à l’air chaud, bains chauds, changement de régime alimentaire, médecines alternatives, sans parler de changements, soit de travail, soit de lieu de résidence, ou de longs voyages entrepris, ainsi qu’un fort vouloir-vivre, et inversement la révolte contre leur destin, s’il ne s’agit pas de simple déni. Ce livre évoque aussi des traitements peu courants et potentiellement hérétiques, mais qui, apparemment, ont permis des rémissions. Il est notamment question d’une transfusion de sang provenant d’une personne ayant survécu au même cancer, ou encore d’inoculation d’une infection active pour mobiliser le système immunitaire. Cette dernière technique s’appuie sur l’observation de quelques cancers très dangereux qui ont disparu après la guérison d’une maladie inflammatoire grave, mais sans rapport avec le cancer.

D’une façon générale, les auteurs du livre s’accordent sur le lien à établir entre la maladie et le système immunitaire affaibli du patient, en raison soit d’altération génétique due à l’âge, soit de réponses physiques et psychologiques à des situations extrêmes de stress. Ils admettent aussi que la guérison s’est produite parce que, d’une certaine façon, ce même système immunitaire s’est remobilisé efficacement. On mesure à la lecture de ce livre combien les médecins conventionnels peuvent être déconcertés lorsque des patients atteints aussi sérieusement se rétablissent, comme si ces derniers n’avaient pas le droit d’échapper à la sentence de mort donnée par leur diagnostic.

En parcourant les revues médicales publiées par une grande variété de docteurs en médecine qui travaillent aux avant-postes du courant général de la science, ou par des contemporains éclairés, formés aux médecines traditionnelles empiriques d’Inde et de Chine, vous verrez que nous ne sommes pas à court d’esprits modernes et d’idées intelligentes. Et qu’il y a des gens encore plus intelligents capables de faire la synthèse de toutes ces idées intelligentes pour nous présenter leurs théories très cohérentes sur ce qui se passe dans la guérison et la maladie. Ces publications en témoignent. Bien sûr, nous accueillons avec intérêt toutes ces idées et théories intelligentes. Mais celles-ci n’ont de réels valeur et d’intérêt qu’accompagnées d’une large expérience clinique et de résultats répétés, confirmés sur des années, et par des professionnels de tous les horizons.

Et encore… Car tout thérapeute, tant soit peu honnête, vous dira que des résultats répétés et fiables ne fournissent pas à eux seuls une explication scientifique du pourquoi de la guérison. Ce qui ne signifie en rien, bien sûr, qu’il faille arrêter les recherches.


  1. Sur les cas de malades de TDI souffrant de diabètes, voir Frontier Perspectives, Vol. 15, No 1, printemps-été 2006, pp. 32-39, «the Rehabilitation Potential of the Diabetic» by Stephen Patascher, Ph.D. Email: drpat@cox.net
  2. Spontaneous Remissions: An Annotated Bibliography est publié par The Institute of Noetic Sciences, www.noetic.org/spontaneous-remission.

License

La physiologie féminine dans tous ses états© 2013 par Georgette Maria Delvaux. Tous droits réservés.

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