15 L’insomnie

 

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Il y a tant de sortes d’insomnie ! Si vous souffrez, comme tant d’autres, de troubles du sommeil, vous êtes-vous jamais demandé pourquoi vous ne pouvez pas dormir? Qu’est-ce qui, concrètement, influe sur le corps ou l’esprit, qui puisse vous empêcher de trouver le sommeil? Subir l’insomnie et ne rien faire pendant des mois en espérant des nuits meilleures n’est pas une solution. Le sommeil profond ininterrompu est une nécessité vitale, qu’aucune sieste dans la journée ne remplace. Ce n’est que pendant le sommeil profond que l’hypophyse, appelée à juste titre la glande maîtresse, libère l’hormone de croissance. Celle-ci relâchée, presque toutes les autres hormones seront libérées dans le corps. C’est dire les rôles essentiels du sommeil profond et de l’hypophyse.

Si l’insomnie est due à la ménopause, elle nous indique un dérèglement hormonal. Bien d’autres facteurs, cependant, sont susceptibles de provoquer l’insomnie: certaines personnes ne voient pas l’utilité de bien gérer leur énergie, alors que d’autres peuvent avoir pris des habitudes de vie, telle qu’une grande consommation d’alcool ou de café, susceptibles de perturber leur sommeil.

Les conséquences à long terme d’un manque de sommeil sont à la fois insidieuses et cumulatives. Elles vous affectent en profondeur en vous fragilisant physiquement et émotionnellement. L’absence de rêves a des répercussions sur votre mental, en empêchant l’inconscient de faire surface. L’insomnie compromet également votre système immunitaire, comme vous pouvez vous en apercevoir, lorsque, très fatiguée, vous attrapez n’importe quel microbe qui traîne. Souvenez-vous aussi que la privation de sommeil est une méthode de torture très efficace pour briser les prisonniers politiques et les rendre fous.

Vous pourriez être tentée de prendre des somnifères pour résoudre le problème, puisque les somnifères ont pour but de vous faire dormir. Mais attention, nous sommes tous des cas particuliers et l’insomnie est porteuse d’un message spécifique pour chacun, alors qu’un somnifère ne fait pas la différence entre une insomnie et une autre. Il faut donc éviter de tirer sur l’ambulance.

Si vous consultez les ouvrages professionnels qui énumèrent tous les médicaments disponibles, vous verrez que les somnifères sont considérés comme des médicaments psychiatriques. Ne laissez donc ni votre généraliste ni votre gynécologue vous en prescrire; ce n’est pas de leur domaine. Comme tout médicament psychiatrique, les somnifères ont des effets secondaires. Non seulement, à long terme, ils affectent le fonctionnement du foie et des reins, mais on les soupçonne d’altérer la personnalité, au point de causer, notamment la dépression sévère[1]. C’est pourquoi les somnifères, comme la plupart des médicaments psychiatriques sont conçus pour un usage limité dans le temps et doivent absolument faire l’objet d’une surveillance médicale. Or, nombreux sont les consommateurs parfaitement à l’aise avec leur somnifère, se contentant de faire renouveler l’ordonnance, sans se poser de question ou de s’en faire poser, ne serait-ce que par pure précaution. Il n’est pas anodin, me semble-t-il, de signaler ici que la plupart des jeunes américains qui ont tué leurs camarades de classe, ou des enfants dans les écoles, étaient censés être sous traitement psychiatrique, mais qu’ils n’étaient plus suivis médicalement, à en croire les reportages fouillés qui leur sont consacrés.

Il est essentiel que celui qui pense avoir besoin d’un somnifère entre en relation thérapeutique avec un psychiatre, spécialiste de ces questions et de leur traitement. Les bons psychiatres existent, il suffit de les chercher en interrogeant, par exemple, votre généraliste ou vos amis. Ne vous laissez, en aucun cas, soigner par quelqu’un qui ne fait que vous prescrire un somnifère, sans aller chercher plus loin et sans vous surveiller.

Tout comme les somnifères, les remèdes inducteurs de sommeil proposés en médecine complémentaire ne devraient être qu’une aide momentanée. Qu’il s’agisse de mélatonine – l’hormone du sommeil-, et  de valériane ou de camomille, ne vous y trompez pas. Ne sous-estimez pas votre intelligence, car encore une fois l’insomnie est un message. En analysant la situation, vous vous écarterez du chemin périlleux dans lequel les médicaments vous engagent. N’est-il pas raisonnable de toujours commencer par celle des solutions qui fait le moins de dégâts?

Si vous traversez un moment difficile de votre vie et vous retrouvez la nuit à ressasser des conflits et difficultés en tous genres, vous avez intérêt à consulter un psychologue pour vous aider à remettre les choses en place.

Ou alors, physiquement épuisée, vous êtes prête chaque soir à tomber dans les bras de Morphée, sans pouvoir y arriver, tant le mental continue à galoper par monts et par vaux. Avez-vous tenté, par exemple, de résoudre un problème particulièrement difficile?  Regardé un film d’action ou passé des heures à faire la guerre sur votre PlayStation? Conduit longtemps et à très vive allure sur l’autoroute? Vous êtes-vous querellée violemment avec l’un de vos proches? Il faut savoir qu’en fonctionnant en mode d’urgence de toutes ces façons, vous sollicitez le système nerveux sympathique, avec pour résultat d’être alors trop agitée pour pouvoir vous endormir. Dans une telle situation, mieux vaut se lever et prendre n’importe quel beau livre à portée de main, qu’il traite de la culture d’orchidées ou des ruines de Macchu Picchu. Car il s’agit de sortir de cet état de stress et de vous calmer en apaisant le système nerveux sympathique. Vous ne baillerez peut-être pas tout de suite, mais ne renoncez pas, la méthode finira par marcher. Même si vous n’avez dormi que quelques heures une première nuit, vous dormirez mieux la suivante. La meilleure chose à faire dans ce type de situation est de s’arranger pour ne pas avoir à fonctionner en mode d’urgence le soir. Réaménager son emploi du temps n’est pas forcément facile, j’en conviens, mais vaut largement une bonne nuit de sommeil.

Mais la cause de l’insomnie est peut-être à chercher ailleurs encore. Auriez-vous bu plus de café, ou du café plus fort que d’habitude? Auriez-vous pris une tisane contenant du thé vert? Ou vous seriez-vous laissée tenter par un vin blanc, ou du chocolat contenant de la caféine? Pas de chance ! Autant vous relever et vous attaquer à votre feuille d’impôts! Certaines substances ont comme caractéristique de vous garder éveillée jusqu’à ce que l’organisme les ait éliminées.

L’hypersensibilité physique est autre phénomène susceptible de vous empêcher de dormir du sommeil du juste. Il en va pour certaines d’une peau que les draps les plus soyeux irritent encore, pour d’autres des jambes qui s’agitent toutes seules en de petits mouvements incontrôlables. Parfois c’est la bonne position qu’on ne trouve pas, à moins que ce ne soient les bruits qui vous dérangent, comme ceux d’un voisin qui gare sa voiture ou d’un chat qui miaule? Dans tous ces cas de figure, faites vous couler un bon bain chaud ou prenez une longue douche chaude; l’un ou l’autre aura les meilleurs effets, avec l’avantage qu’à deux heures du matin, vous avez toute l’eau chaude et toute la salle de bain à disposition. L’eau chaude va exacerber l’hypersensibilité, qui va s’épuiser d’elle-même. Il y a au moins deux bonnes raisons qui expliquent pourquoi réchauffer la peau est efficace. La première est liée au dixième nerf crânien, le nerf vague, qui va de la tête au cou, puis dans les poumons et le cœur et enfin dans la partie supérieure du système digestif. Ce nerf fait partie des nerfs crâniens contrôlés par le système nerveux parasympathique, le système qui, non seulement supporte nos fonctions vitales dont les mouvements péristaltiques de la digestion, la régularité de la respiration, et les variations des battements du cœur, mais commande la détente et le sommeil. Réchauffer le cou, le thorax et l’abdomen induit par conséquent la relaxation. La deuxième raison est qu’en vous allongeant dans votre baignoire, la tête sur le bord, vous équilibrez votre rythme crânio-sacré, le rythme inhérent aux membranes qui protègent notre cerveau et notre moelle épinière. Le Dr. William Garner Sutherland, le père de l’ostéopathie crânienne, a découvert cela en s’observant lui-même quand sa tête reposait sur une surface dure.

Si vous ne pouvez pas faire couler d’eau chaude, utilisez vos muscles. De très lents étirements de yoga peuvent aider. Il y a du reste dans le yoga des étirements spéciaux pour le sommeil. A défaut de bain ou de yoga, on peut faire quelques pas dehors ou admirer la lune de sa fenêtre ou de son jardin.

En ce qui me concerne, la voie royale pour vraiment déconnecter des préoccupations et du stress de la journée est la méditation. Je ne peux m’empêcher de sourire au souvenir de mes propres débuts en méditation, lorsqu’il m’arrivait de m’endormir en position assise. Pour ceux qui n’en ont pas encore fait l’expérience, le fait de souffrir d’insomnies peut être une excellente occasion d’apprendre à méditer. Et ceux qui croyaient ne plus avoir le temps de méditer pourront reprendre cette pratique, avec ou sans professeur. Mais de grâce, n’allez pas claironner partout que c’est pour traiter l’insomnie que je recommande la méditation!


  1. Le livre de William Styron Face aux ténèbres: chronique d’une folie (Gallimard/Folio) ne traite pas de l’insomnie en soi, mais de la dépression. C’est une description saisissante de la descente aux enfers d’un grand esprit et de son retour. Il nous fait comprendre comment la combinaison d’un excès d’alcool et d’un excès de somnifères l’a conduit au bord du suicide.

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La physiologie féminine dans tous ses états© 2013 par Georgette Maria Delvaux. Tous droits réservés.

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