6 L’imagerie du sein

Thermographie ou mammographie ? Un débat complexe

 

florish_19px361p-

 

La thermographie

 
La thermographie est un procédé qui, au moyen d’images numériques, enregistre la chaleur émise par une substance. C’est devenu une nouvelle voie d’étude du tissu du sein. La thermographie peut signaler un développement potentiellement dangereux dans le sein jusqu’à dix ans avant qu’une tumeur ne soit réellement détectée par la mammographie ou par la palpation, faite par un praticien habile.

Une thermographie présente une évaluation du tissu du sein par l’enregistrement de très subtiles différences de température. La caméra thermographique enregistre une image non seulement de la température à la surface, mais aussi dans la profondeur des tissus du sein. Les thermogrammes sont aussi utilisés couramment dans le monde de l’industrie, de l’armée et de l’espionnage pour connaître les variations de température dans les murs ou dans un bâtiment, par exemple, étant entendu que toute chaleur, même minime, irradie à travers la matière.

Les ostéopathes français ont, de leur côté, développé un diagnostic dit « thermique manuel » fondé sur des principes semblables[1].

Mais comment la thermographie peut-elle nous dire si la chaleur détectée dans un sein est un simple effet de l’augmentation hormonale due à la menstruation ou à la ménopause, ou bien s’il s’agit d’une vraie menace, une tumeur encore à l’état microscopique, mais qui aurait commencé son développement, et pourrait grossir à toute allure?

Pour une thermographie, on prend deux séries d’images de la température du sein. La première est prise après que la patiente a passé un moment dans une pièce fraîche, les bras levés, de façon à ce que les variations de température dues aux vêtements et à la proximité des aisselles soient neutralisées. Pour la deuxième série d’images, on demande à la patiente de refroidir ses mains pendant quelques minutes dans de l’eau glacée ; c’est ce qu’on appelle la sollicitation du système nerveux autonome. La réponse normale du système nerveux sympathique (la partie du système nerveux autonome qui réagit aux provocations menaçant notre équilibre intérieur) à ce genre de sollicitation est de contracter les vaisseaux sanguins superficiels. La circulation du sang est ainsi réduite et la surface du corps se refroidit afin de maintenir une température normale en profondeur. Les mains froides entrainent aussi une réduction de la température des seins, mais, et c’est là que tout se joue, ce refroidissement n’affecte pas la température d’un cancer en voie de développement.

La redoutable néo-angiogenèse, ou formation de nouveaux vaisseaux sanguins qui nourrissent la tumeur cancéreuse, comme on l’a vu plus haut, se fait en présence d’oxyde nitrique (ou monoxyde d’azote), qui est un vaso-dilatateur, une substance qui force les vaisseaux sanguins à rester bien ouverts. Les scientifiques qui ont développé la thermographie du sein disent qu’en réponse à la sollicitation du froid, non seulement ces vaisseaux sanguins qui nourrissent le cancer ne se contractent pas – comme des vaisseaux sains le feraient – mais qu’ils peuvent même se dilater.

L’apport le plus intéressant de la thermographie vient de la comparaison des deux séries d’images. La distribution globale de la température est la même dans les deux thermogrammes. S’il n’y a aucun cancer, le second montre une diminution générale de la température. Mais s’il y a un problème, les zones à problème sont «illuminées» dans le second, puisque la température de ces zones n’a pas réagi au froid ou a même un peu augmenté. Les différences de températures enregistrées ainsi peuvent être minimes, mais leur localisation est clairement visible et mesurable par le technicien.

 

La mammographie

 

La mammographie est, quant à elle, une radiographie. C’est la méthode de dépistage du cancer du sein la plus répandue et encore la plus prônée. Mais disons-le haut et fort: les rayons X d’une mammographie, nous envoient des radiations ionisantes, avec pour terrible conséquence d’endommager notre ADN. Il en va de même pour toute autre outil diagnostique utilisant les rayons X, même en quantité infime. Pire encore, ces effets sont cumulatifs, en ce sens que même si la quantité de radiation d’une seule radiographie, n’affecte pas notre vie, nos futurs enfants risquent d’hériter d’un ADN endommagé, ne serait-ce que très légèrement, ADN dont hériteront, de leurs parents et à leur tour, nos petits-enfants. Et ainsi de suite. Le risque qu’un individu souffre de réelles conséquences physiques des radiations augmentent donc à chaque génération.

Il est vrai que la mammographie n’est que rarement conseillée aux femmes en âge de procréer, pour autant que tout aille bien. Mais la vie nous prouve, au contraire, que les raisons de s’inquiéter sont nombreuses, et qu’en plus les radiographies sont demandées par tous les spécialistes, y compris les médecins-dentistes ou les chiropracteurs. Dans la mesure où, de nos jours, un nombre croissant de femmes conçoivent à un âge plus avancé, le risque augmente d’avoir un ADN affecté par les rayons X. Personnellement, je n’aime pas l’idée que de plus en plus d’êtres vont naître avec des défauts qui peuvent les amener à être dépendants des autres durant toute leur vie.

Bien qu’il n’y ait pas de risque zéro en matière de radiations ionisantes, même en très faible quantité, on ose supposer que les avantages liés au dépistage valent le risque d’endommager notre ADN. Le danger d’une exposition à une faible dose de rayons X est certainement préférable au risque de ne pas découvrir un cancer, et ce d’autant plus que l’ADN a la possibilité de se réparer lui-même si le système immunitaire fonctionne bien. Mais a contrario, pourquoi voudrions-nous subir, nous et nos descendants, un dommage potentiel alors qu’une méthode de contrôle de routine sans danger est à notre portée avec la thermographie?

Un autre aspect très déplaisant de la mammographie est lié à la brutalité de la procédure, que beaucoup d’entre nous ont vécue personnellement. Est-elle à mettre sur le compte de l’inexpérience ou de l’indifférence de certains techniciens? Ou est-il vraiment nécessaire de comprimer le sein au point que cela en devient à peine supportable et que les femmes avec des implants mammaires risquent de les voir se casser? Comme si le froid des plaques de compression ne suffisait pas à notre inconfort. Une pression excessive en cours de mammographie peut, en outre, rompre la capsule d’une grosseur cancéreuse in-situ, encore enveloppée dans son tissu conjonctif; avec pour conséquence, comme on l’a vu, de voir les cellules cancéreuses se répandre dans les tissus environnants.

Malgré tous ses inconvénients, la mammographie reste pour les médecins que je qualifierais de rigoristes, l’outil de dépistage le plus fréquemment utilisé pour le cancer du sein. Peut-être qu’ils ne connaissent pas la thermographie ou qu’ils ne lui font pas confiance. Parmi les nombreux professionnels de la santé que j’ai interrogés, beaucoup ne voyaient pas l’intérêt de la thermographie pour la «bonne» raison qu’ils n’étaient pas conscients de ce que peut révéler la deuxième série d’images, celle de la sollicitation du système autonome. Il est évident que, sans elle, la thermographie n’a que peu de valeur diagnostique. Mais est-il possible que des spécialistes puissent avoir une connaissance aussi fractionnée d’une méthode d’examen qui donne de bonnes informations en toute sécurité? Il y a vraiment de quoi le déplorer.

Pour toutes les raisons énumérées plus haut, je me risque à dire, en conclusion, que la mammographie n’est pas un bon moyen de dépistage de cancer dans le cadre d’examens de routine réguliers sur les tissus du sein. Elle a cependant l’avantage de pouvoir localiser avec précision une tumeur déjà détectée, et de permettre au chirurgien de l’enlever proprement sans trop toucher les tissus qui l’entourent. Bien sûr, il ne s’agit pas de refuser une mammographie par principe si le thermogramme, les ultrasons et le scanner révèlent une anomalie. Un bon radiologue, avec des années d’expérience, saura précisément localiser une tumeur, dont les autres méthodes ont déjà révélé l’existence. Mais, en dernier ressort, c’est bien le rapport du pathologiste qui fera foi.

 

La valeur de l’imagerie diagnostique

 

Pour évaluer la valeur d’une imagerie diagnostique ou de tout autre test de santé, les médecins regardent le pourcentage de faux positifs (c’est-à-dire une réponse positive au test alors qu’il n’y a pas de problème) et de faux négatifs (c’est-à-dire une réponse négative au test alors qu’il y a un problème). De ce point de vue, la mammographie n’a pas un bon score. Comme je l’ai signalé plus haut, 80% des femmes de plus de 40 ans, qui passent une mammographie, se retrouvent à subir une biopsie parce que le radiologue suspecte une tumeur, alors que le pathologiste, ne détecte aucun problème. Bien pire, 40% des mammographies résultent en faux négatifs. C’est un vrai cauchemar: le cancer est là, mais il n’est pas détecté! La situation est encore plus dangereuse pour les femmes qui ont des tissus mammaires épais à la suite de kystes fibreux; elles ont 80% de chances d’avoir un faux négatif, car la densité des tissus cache la tumeur.

Cette réalité nous permet de mieux comprendre pourquoi les médecins insistent sur la nécessité d’une mammographie annuelle. Ils pensent que le risque de cancer du sein est considérable et ils savent très bien que leur méthode de détection n’est vraiment pas très fiable. Un mammogramme est une image obtenue par des rayons X, avec des ombres complexes qui varient en densité et en forme. Apprendre à lire correctement ces radios prend du temps, c’est un travail fastidieux[2] et le résultat est toujours une question d’opinion. Dans le doute, la situation devient délicate, et sachant qu’une erreur met en danger la vie d’une femme, les radiologues consciencieux préfèrent souvent conseiller une biopsie.

Un thermogramme, en revanche, n’a pas plus de 9% de chances de donner un faux positif ou un faux négatif; ce qui s’explique par le fait que les thermogrammes sont des mesures de chaleur objectives et scientifiques. La température des deux seins est analysée par ordinateur; toute variation de température d’un dixième de degré dans un sein est comparée à sa contre partie, même si la sollicitation du système autonome ne donne pas de réponse positive.  On compare les résultats de thermogrammes précédents aux nouveaux avec la même finesse d’analyse, si la patiente revient régulièrement pour ses contrôles de routine.

Si un thermogramme montre une réponse négative à la sollicitation du système autonome, mais qu’en fait un cancer est en développement (un faux négatif qui a 9% de chances d’exister comme on l’a vu), un autre thermogramme de surveillance trois à quatre mois plus tard permettra de le dépister. Le naturopathe repérera la zone chaude qu’il avait identifiée sur le précédent thermogramme et, bien sûr, fera une autre sollicitation du système autonome, réduisant ainsi les chances d’un autre faux négatif. Cela n’est cependant vrai que si la patiente revient régulièrement se faire contrôler, ce que je recommande évidemment fortement.

Si le naturopathe trouve un thermogramme avec une réponse positive à la sollicitation du système autonome, il enverra la patiente passer aux ultrasons, pour savoir si la zone concernée est bien une tumeur solide ou juste un kyste rempli de liquides. Si les ultrasons montrent qu’il s’agit d’un kyste rempli de liquides, cela nous apprend que le thermogramme a donné un faux positif. Ce qui n’empêchera pas le médecin de recommander un thermogramme dans quelques mois, vu la différence de température à surveiller.

Si les ultrasons montrent une tumeur solide, une mammographie la localisera exactement et la tumeur sera enlevée et analysée. Un cancer diagnostiqué de cette manière sera très probablement tout petit. Mais encore une fois, seul le pathologiste qui observe les cellules prélevées dans le sein peut dire avec presque cent pour cent de certitude s’il y a ou non un cancer. Je dis «presque» parce que l’erreur humaine existe. On peut diminuer les chances d’erreur humaine en faisant analyser la biopsie par un deuxième pathologiste.

La thermographie ne fait pas que révéler la présence de tissus cancéreux ; elle donne deux autres catégories d’information. D’une part, un thermogramme qui révèle une zone de différence significative de température dans un sein mais ne dépiste aucun cancer après la sollicitation du système autonome, met en évidence un déséquilibre hormonal prémenstruel ou ménopausal. Il s’agit d’un problème physiologique, lié au fonctionnement du sein, qui n’a pas encore altéré le tissu mammaire et peut être traité avec succès. Aucune autre imagerie médicale n’est à la hauteur d’un tel dépistage.

D’autre part, la chaleur détectée peut être due à une blessure ou à une infection. Ici il s’agit d’un problème anatomique. Les tissus endommagés peuvent aussi être soignés. Un naturopathe, en plus du traitement, recommandera un thermogramme au moins trois ou quatre mois plus tard, pour vérifier la guérison du tissu.


  1. Jean-Pierre Barral, Diagnostic Thermique Manuel, Maloine, Paris, 1994.
  2. Dr. Jerome Groopman, How Doctors Think, Houghton Mifflin, New York, 2007. Voir en particulier le chapitre 8: “The Eye of the Beholder”.

License

La physiologie féminine dans tous ses états© 2013 par Georgette Maria Delvaux. Tous droits réservés.

Commentaires/Errata

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *