7 Le fibrome utérin et conséquences

 

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Le fibrome utérin est une tumeur bénigne des tissus musculaires de l’utérus, qui proviendrait d’un déséquilibre hormonal, semblable à celui dont il a déjà été question plus haut, créé par un excès d’œstrogène et un manque de progestérone. Si le fibrome peut se développer au moment de la ménopause, il peut aussi apparaître bien plus tôt, dès l’âge de 30 ans, en cas de déséquilibre hormonal grave. Il peut y en avoir plus d’un, d’ailleurs. Lors d’un bon examen gynécologique, on peut le ou les déceler à la palpation. De façon générale, soit les fibromes adhèrent aux parois interne ou externe de l’utérus, soit ils se logent à l’intérieur du tissu musculaire. Tant qu’ils sont, et restent, minuscules, il n’y a pas lieu de s’affoler. Même les gynécologues n’en parlent pas toujours. Le fibrome devient problématique quand il grossit ou se multiplie, ce qui arrive si le déséquilibre hormonal persiste ou s’accentue. On voit des fibromes atteindre la taille d’un pamplemousse, parfois même devenir plus gros. Dans d’autres cas, ils restent petits, mais prolifèrent et envahissent les parois utérines, rendant une future grossesse difficile, voire impossible. N’importe quel praticien, Rolfer ou ostéopathe à l’œil exercé peut le voir s’il est assez gros. Il se dira «tiens, cette patiente a l’air en forme, mais l’abdomen, semble ressortir un peu trop, ou bomber vers le bas, malgré un bon tonus musculaire». Les fibromes sont denses et durs, et par conséquent identifiables à la palpation.

Aucun symptôme n’accompagne le fibrome à son premier stade de développement. C’est souvent le gynécologue qui se charge de prévenir sa patiente, tout en lui disant aussi que le problème s’en ira de lui-même au début de la ménopause. Ce qui est vrai … Sauf si le déséquilibre hormonal empire, car alors, le fibrome, qui devient gros très vite, déclenche des douleurs et entrave le fonctionnement d’autres organes pelviens. Dans ce cas, il devra être enlevé. Au pire, c’est tout l’utérus qu’on doit sacrifier. Autant parler de mutilation, en ce qui me concerne. Sans parler du fait qu’une femme ayant subi une telle ablation va aussi, à la longue, être déséquilibrée par une ptôse[1] de ses organes abdominaux. Je dois admettre cependant qu’une hystérectomie reste la meilleure solution si le fibrome en arrive à comprimer l’intestin ou la vessie. Au moins, une fois opérée, la femme n’aura plus cette constante sensation de pesanteur dans le bas-ventre. Elle se fera traiter ensuite pour la descente de ses organes, si nécessaire.

Les fibromes déplacent, déforment et alourdissent l’utérus. Celui-ci, s’il penche d’un côté, va modifier la position du sacrum en tirant sur les ligaments utéro-sacrés, au risque de provoquer des douleurs dans le bas du dos et dans les articulations sacro-iliaques. Même situé au milieu, le fibrome augmentera le poids de l’utérus et causera une pression anormale, ce qui peut entraîner un déplacement vers le bas de l’utérus et un encombrement des organes voisins, sans parler de problèmes d’articulations de la hanche, du sacrum et de la colonne vertébrale. J’ai déjà évoqué les liens entre ces différentes parties de l’abdomen et du bassin en parlant des règles douloureuses. Je me dois d’y revenir ici. En effet, le problème d’une position incorrecte des articulations sacro-iliaques résultant du tiraillement inégal dû à un fibrome se reposera chaque mois pour la femme qui va avoir ses règles. Il deviendra chronique au moment de la ménopause, si le fibrome est assez gros. Un bon praticien manuel peut, en rééquilibrant les ligaments utéro-sacrés, corriger une mauvaise position de l’utérus et remettre en place les os et articulations. Mais, plus la répartition inégale du poids au niveau de l’utérus se prolonge dans le temps, plus le risque d’un déséquilibre permanent grandit. Celui-ci affectera non seulement les articulations sacro-iliaques, mais tout le bassin et les jambes. A ce stade, on n’est plus à l’abri d’une contraction du muscle piriforme, qui comprime alors le nerf sciatique, déclenchant la sciatique, cette méchante douleur très intense, qui va du haut de la fesse au genou et parfois même jusqu’au pied.

Peu de médecins, d’ailleurs, font le lien entre une sciatique d’une part, et une mauvaise position de l’utérus ou un fibrome utérin d’autre part. En fait, de multiples positions de l’utérus sont considérées comme étant «dans les limites de la norme» par les gynécologues, simplement parce que l’utérus peut fonctionner normalement dans différentes positions. On sait tous que la médecine occidentale s’organise autour de systèmes, et qu’en vertu de ce principe, le système reproductif n’aurait pas de rapport avec le système musculo-squelettique. Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin: quand on souffre d’une sciatique à une jambe, on va automatiquement vouloir la soulager en mettant plus de poids sur la jambe valide, favorisant du même coup l’asymétrie des hanches, et les menaçant ultérieurement d’arthrose. Il en va aussi des ligaments qui relient les hanches aux vertèbres lombaires, eux aussi susceptibles d’être atteints, et donc de faire monter le déséquilibre et la douleur encore plus haut.

Regardons de plus près comment un fibrome utérin peut aussi affecter les organes voisins. Tout d’abord un utérus volumineux, endurci et alourdi, peut faire pression sur la vessie et même l’encombrer, provoquant le besoin fréquent d’uriner. Mais ce n’est pas tout. La pression constante de l’utérus peut masquer celle qui signale le moment d’aller à la selle. D’où un rectum trop rempli, ce qui n’arrange pas vraiment les choses. Enfin, plus triste, les rapports sexuels risquent de ne plus vraiment être une partie de plaisir.

Je me dois de mentionner deux risques graves, liés au fibrome utérin: d’une part les saignements anormaux et d’autre part les erreurs de diagnostic. Un saignement anormal est toujours mauvais signe, provoquant, dans le meilleur des cas, de l’anémie et une profonde fatigue. Mais dans le pire des scénarios, le fibrome peut s’avérer une tumeur cancéreuse de l’utérus. Lorsqu’un fibrome est détecté, il doit être évalué soigneusement par un gynécologue et par l’imagerie diagnostique.

Surtout, que l’imagerie diagnostique ne soit jamais considérée comme inutile par un médecin consciencieux, car elle seule montre la réalité de la situation. Même la meilleure palpation peut mener à un faux diagnostic. Les organes pelviens sont très proches les uns des autres et on peut penser avoir trouvé un fibrome, ce qui n’est, a priori, pas un problème grave, alors qu’il s’agit d’une petite tumeur sur un organe voisin. Seule l’imagerie diagnostique sera capable de nous dire ce qu’il en est.

Lorsque j’ai demandé à ma gynécologue pourquoi elle avait choisi sa spécialisation, elle m’a répondu: «c’est en leur offrant aux femmes un bon suivi  gynécologique qu’on leur donne une chance de survivre à de graves problèmes». C’est dire combien je recommande de poser toutes les questions possibles à son gynécologue, sur la position de l’utérus et sur tout déplacement éventuel, ainsi que sur d’éventuels fibromes, mêmes minuscules. Il faut aussi se souvenir que sans traitement hormonal un fibrome utérin risque de continuer de croître. Comme pour les autres problèmes hormonaux, tout est fonction de la correction du déséquilibre, sans quoi, une fois le fibrome enlevé, un autre peut apparaître. Alors qu’un petit fibrome peut disparaître de lui-même, si l’équilibre hormonal est restauré[2].

Une de mes patientes vit avec un gros fibrome, qui lui fait l’effet d’une grosse orange dure dans son bas-ventre. Elle a mal au dos, continuellement. J’arrive à la soulager, l’espace de quelques semaines, en normalisant le sacrum et la colonne vertébrale. Elle est encore trop effrayée pour envisager l’opération et l’ablation du fibrome, ce que je l’encourage pourtant à faire. Alors qu’elle était finalement en train de souscrire à cette solution et de demander un deuxième avis, un gynécologue lui affirma que l’ablation du fibrome n’aurait aucun effet sur sa douleur au dos. N’est-ce pas malheureux? Non seulement ce gynécologue a tort, mais il a rendu vains mes encouragements, au point de me faire retourner à la case départ, en remettant ma patiente face à son choix: accepter l’opération avec ses risques inhérents, ou alors souffrir du dos de façon quasi permanente, avec le risque de compromettre sa mobilité, et à la longue aussi, d’endommager son dos et sa hanche.


  1. Une ptôse est une descente, une chute ou une position anormalement basse d’un organe (du grec ptôsis, chute).
  2. Pour en savoir plus sur le fibrome utérin, voir le site internet du Dr. Paul Indman : www.hopeforfibroids.org. Et pour en savoir plus sur les facteurs de risques et les choix autres que la chirurgie pour les fibromes utérins, lire The Townsend Letter, novembre 2006, « Phytotherapy for Uterine Fibroids », page 64, Kerry Bone, www.mediherb.com

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La physiologie féminine dans tous ses états© 2013 par Georgette Maria Delvaux. Tous droits réservés.

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