10 Le cauchemar de la fracture de col de femur

 

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Une fracture, redoutée à juste titre, et fréquente en cas d’ostéoporose grave, est celle du col du fémur. Elle peut résulter d’une chute ou de n’importe quel accident. En fait, souvent ce n’est pas la chute qui provoque la fracture, mais l’inverse: le col du fémur est tellement fragilisé que le moindre petit pas ou déplacement finit par le briser. Il est évident qu’une telle fracture ne peut arriver qu’à une personne ayant de l’ostéoporose depuis longtemps. Les vieilles dames n’ont pas tort de craindre cette fracture, qui marque si souvent le début de la fin pour elles. Car qui dit fracture, dit aussi longue immobilisation, qui compromet la circulation sanguine. Hospitalisées et bourrées de médicaments, qui les abrutissent en même temps qu’ils calment leurs douleurs, ces pauvres dames deviennent souvent dépressives, et en arrivent à refuser la rééducation. Beaucoup de patientes ne se remettent jamais, et meurent d’une embolie ou d’une pneumonie. Les statistiques sont éloquentes: vingt pour cent des femmes victimes d’une fracture du col du fémur meurent dans les douze mois des suites de complications.

Pourquoi cette partie du fémur a-t-elle une telle tendance à se casser? Dans un corps sain, l’articulation de la hanche est solide et bien maintenue par ses ligaments; elle est conçue pour absorber la plus grande partie des chocs provenant de la marche, des sauts et de la course. Par contre, un manque de mouvement va engendrer un manque de circulation en cas d’immobilisation prolongée. Le col du fémur étant tout petit, les branches de l’artère fémorale qui nourrissent la tête et le col du fémur sont étroites. D’où l’importance, non seulement de garder sa mobilité, mais de faire des mouvements qui impliquent un effort modéré de façon à stimuler le cœur et la circulation. Promener son chien risque de ne pas suffire, car le fait de simplement marcher ne met en jeu qu’une petite partie de l’articulation. Mieux vaut gravir une côte d’un bon pas, ou porter un sac à dos en augmentant graduellement son poids par ce qu’on y met. Pourquoi ne pas aussi recourir aux pratiques millénaires du taïchi ou qi gong, ou du yoga, dont on sait qu’elles ont été conçues pour développer et maintenir nos articulations et notre force musculaire? Nombre de contemporains, intelligents et soucieux de bien-être, ont aussi développé des méthodes occidentales de connaissance du corps: Alexander, Feldenkrais, Pilates, Gyrotonic. Toutes sollicitent notre mental et nous évitent l’ennui des mouvements dénués de sens ou le sentiment de ressembler à des hamsters dans une roue. Bien sûr, au début, il faut apprendre à se concentrer, mais la redécouverte d’un bien-être physique et une bonne circulation récompensent l’investissement. Avec de la persévérance, on devient plus sûr de soi et on se rend compte qu’on recrée une mobilité perdue depuis très longtemps, parfois même depuis l’enfance. Ceci est d’ailleurs valable pour tout le monde, les jeunes et les moins jeunes. Un de mes collègues, un Italien de Venise, commença à pratiquer le yoga alors qu’il avait plus de 40 ans. La dernière fois que je l’ai vu, il était encore capable, malgré son âge avancé, de se tenir debout sur ses mains! Et dans la rue, même les jeunes femmes se retournaient sur son passage.

Mais attention! Toute méthode susceptible de vous remettre en forme a aussi le pouvoir vous blesser si vous ne vous y prenez pas correctement. C’est dire qu’il vaut mieux, au début surtout, s’entrainer avec un professeur et profiter d’une attention personnalisée. Je déconseille les cours à la télévision ou par DVD, surtout si vous avez perdu une grande part de votre mobilité, et que les mouvements recommandés vous font mal. En cas d’inconfort, n’hésitez pas à réduire le temps de pratique, ou de vous soulager par des anti-inflammatoires à base de plantes, à mesure qu’augmente l’ampleur de vos mouvements. Mais surtout, une fois l’entrainement démarré, n’y renoncez plus pour tout l’or du monde! C’est votre mobilité qui est en jeu.

C’est une leçon que j’ai apprise de façon mémorable. Alors que j’étais en dernière année d’internat de chiropractie, un de mes amis, qui venait juste de terminer ses études, me donna à soigner une patiente avec ces mots: «c’est mon cadeau d’adieu, Georgette. Je ne t’en dis pas plus; rappelle-toi simplement que c’est un cadeau». J’examinai la radio d’une arthrite au cou, au stade terminal. Elle ne montrait aucun espace visible dans ses articulations. La patiente âgée de 80 ans, devait, à coup sûr, avoir perdu toute mobilité du cou. Au moment du rendez-vous, j’entrai dans la salle d’attente, et cherchai du regard la vieille dame, que j’imaginais toute courbée, incapable de regarder autour d’elle sans avoir à tourner tout son torse. Mais à l’appel de son nom, la dame aux yeux bleus que je vis se lever marcha vers moi avec aisance. Elle se tournait très normalement à droite et à gauche. Confondue, je murmurai «Oh! Je ne dois pas avoir la bonne radio.» «Si, si» me dit-elle. Je dus avoir l’air abasourdi, car avec un sourire gentiment moqueur, elle ajouta: «Il y a juste une petite chose que vous ne savez pas!». Son humour me rassura un peu, car il faut bien dire que je n’en menais pas large. Une fois dans la salle de traitement, elle me révéla qu’elle avait été kinésithérapeute, et qu’elle savait fort bien que si l’on cesse de bouger une articulation atteinte par l’arthrite, elle dégénère jusqu’à l’ankylose osseuse, soit jusqu’à la soudure des os de l’articulation. Elle me montra les exercices qu’elle faisait chaque jour, sans exception. Au toucher aussi, je sentis une légère mais réelle mobilité dans toutes les articulations, qui semblaient pourtant bloquées sur la radio. En réalité, mon erreur avait été de faire confiance à une image prise le temps d’une fraction de seconde, et d’en avoir tiré de mauvaises conclusions, trop impressionnée par une radio, sans doute. J’avais pris la carte pour le territoire. Chez une personne âgée atteinte d’arthrite, les espaces articulaires sont inégaux; il y a des petites excroissances autour de l’extrémité des os qui forment l’articulation. Les rayons X ne peuvent pas traverser ces petits obstacles osseux, et c’est pourquoi l’articulation semble complètement bloquée. Si le radiologue avait fait tourner la patiente dans plusieurs directions et pris d’autres images, j’aurais pu voir des espaces encore ouverts dans les articulations de son cou. Mais vous vous imaginez bien,  après avoir lu tout le mal que je pense des radiations ioniques, que je n’allais pas exiger d’autres radios, dans le seul but de vérifier que l’articulation du cou n’était pas totalement bloquée!

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La physiologie féminine dans tous ses états© 2013 par Georgette Maria Delvaux. Tous droits réservés.

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