16 L’anxiété

«A quoi cela vous sert-t-il d’attribuer aux évènements de
la vie la cause de vos malheurs,
alors qu’en réalité, elle est en vous?»

Ramana Maharshi

 

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Blâmer une cause extérieure pour un état intérieur est courant. «Si je me sens aussi mal, c’est qu’il doit forcément y avoir une raison», se dit-on et en cherchant bien, on en trouve une. Pour celles d’entre nous qui, lorsqu’elles sont encore réglées, apprennent à être attentives au changement général qui survient avec l’ovulation, la ménopause est plus facile à vivre. En comprenant que c’est nous qui changeons, il nous est possible de retrouver un fonctionnement équilibré, même s’il s’agit d’un équilibre différent.

Les changements physiques que nous renvoie le miroir sont plus faciles à voir. Comment ne pas nous en préoccuper, quand on nous a fait comprendre depuis toujours que l’apparence était un de nos atouts majeurs et notre meilleur outil de manipulation? Alors, pour faire face à un gain de poids, nous portons des vêtements amples, faisons plus d’exercice physique, mangeons moins, prenons des vitamines et consultons nos médecins ou naturopathes. Bref, nous faisons tout pour cacher, ou contrôler la partie visible de notre métamorphose à défaut de pouvoir la supprimer.

Il est plus difficile par contre de reconnaître l’hypersensibilité psychologique, bien qu’elle nous tombe dessus assez brusquement. Oui, votre homme peut réellement avoir dit quelque chose qui frise l’égoïsme ou la goujaterie, et, oui, cela fait mal. Si vous aviez été dans votre état normal, vous vous seriez simplement dit que le pauvre chéri s’est levé du pied gauche. Mais dans l’état d’anxiété qui est le vôtre, vous ne pouvez pas faire mieux que prêter des mauvaises intentions au malheureux qui n’a fait qu’exprimer maladroitement ses propres frustrations de la journée. Et dans la mesure où il n’y connaîtra rien en désagréments dus aux déséquilibres hormonaux, vous risquez de vous faire la tête pendant longtemps! N’oubliez pas que la plupart des hommes n’ont pas la chance d’avoir des symptômes qui leur permettent de prendre conscience de l’existence de variations hormonales, alors qu’ils en subissent aussi l’influence. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils projettent parfois leurs problèmes sur nous, en se disant, eux aussi, que nous sommes dures et égoïstes.

Pour une femme au déséquilibre hormonal avéré, la ménopause peut se révéler cauchemardesque sur le plan psychologique, et entrainer de véritables crises d’angoisse, bien connues des services d’urgence à l’hôpital. Celle qui se trouve aux prises avec une telle crise peut voir son pouls monter jusqu’à 140 pulsations-minute, et avoir, soit un pressentiment qu’une catastrophe va arriver, soit la certitude qu’elle a déjà eu lieu. Elle transpire de partout, paralysée par la peur atroce de faire un infarctus et assez effrayée pour appeler le SAMU. Les ambulanciers placent d’ailleurs ce type de patientes sous oxygène pour ralentir leur pouls, avant de les envoyer aux urgences. Ils partent du principe qu’une patiente paniquée au point de les appeler mérite d’être examinée. Bien évidemment, ni l’électrocardiogramme, ni les analyses sanguines ne vont montrer quoi que ce soit d’anormal. On imagine sans peine à quel point le diagnostic de «crise d’angoisse» qui en découle peut paraître insultant. Avec un peu de chance, la patiente se fera expliquer que ces crises d’angoisse peuvent arriver à tout le monde dans une situation de stress, et qu’elle n’a rien d’une hystérique[1].

Il faut aussi savoir que même sans avoir de véritables crises d’angoisse, les femmes sont susceptibles de devenir plus anxieuses pendant la ménopause. Ce qui était juste désagréable devient insupportable, et peut même dégénérer en de véritables phobies. Cela peut aller d’une peur de l’altitude ou de l’avion, ou même de l’eau, à celle de faire quelques pas la nuit pour retirer du liquide au distributeur. Mon adorable grand-mère, tout en ayant héroïquement survécu à deux guerres mondiales et émigré à deux reprises, ne pouvait s’empêcher de se barricader dès le coucher du soleil, persuadée que d’horribles individus se cachaient dans les buissons de son jardin. Quant à ma mère, il n’était pas question pour elle de mettre les pieds dans le parking souterrain de son immeuble une fois la nuit tombée. De telles peurs méritent qu’on les confie à un psychologue, tant elles sont handicapantes au quotidien.

Mais la psychothérapie n’est pas seule à pouvoir traiter l’anxiété. Selon un praticien d’ostéopathie crânienne, avec qui j’évoquai les symptômes du déséquilibre hormonal, l’anxiété peut être due à une lésion crânienne: «si on ne dégage pas la pression sur l’hypophyse, vous aurez l’impression que tout évènement extérieur vous oppresse». Je ne prétends pas qu’il ait tort, vu le grand nombre d’hypothèses toujours possibles lorsque se pose une question de santé, et on se souviendra que l’hypophyse, «glande maîtresse», libère effectivement les hormones précurseurs qui contrôlent la plupart des changements hormonaux.

L’acupuncture est une autre direction à explorer pour traiter l’anxiété. De part sa vision des liens existant entre le corporel et le mental, les acupuncteurs interprètent l’émotion excessive comme provenant d’une perturbation dans la circulation de l’énergie vitale (le qi ou chi). Par exemple, une nature colérique indiquerait un dérangement du méridien du foie, alors que pour une déprime, c’est le méridien des reins qui serait en cause. L’acupuncture est une médecine complexe et profonde, et ceux qui doutent de son bien-fondé ne la connaissent probablement pas du tout, ou peut-être ont-ils eu la malchance de croiser un praticien incompétent? A coup sûr, on ne peut taxer d’ineptie trois mille ans de pensée collective et d’expérience clinique!

Il en va, pour moi, du phénomène de l’anxiété comme de celui de  l’insomnie. Ma recommandation est de consulter les meilleurs praticiens de médecines complémentaires, avant de penser aux médicaments psychiatriques, et, si vous optez pour ceux-ci, alors de toujours rester sous surveillance médicale, vu les nombreux effets secondaires.

Il faut garder à l’esprit que les médicaments synthétiques sont difficiles à métaboliser pour le foie ou les reins. Or le foie est l’organe qui, parmi plus de deux cents autres fonctions vitales, «catabolise», c’est-à-dire fragmente, les grandes molécules hormonales et permet leur élimination. C’est dire la forte sollicitation du foie au début de la ménopause. Les reins, quant à eux, filtrent l’urine et éliminent les substances inutiles, en même temps qu’ils réabsorbent les substances nécessaires. On comprend mieux que ne soient recommandés qu’en dernier lieu les médicaments qui pèsent lourdement sur les deux principaux organes éliminateurs de toxines que sont le foie et les reins.


  1. Littéralement ce ne sont que les femmes qu’on déclare hystériques: le terme latin «hystera» qui signifie «matrice» nous vient du grec «hustera» pour «utérus», mais je vous épargne l’histoire de la malencontreuse étymologie du mot.

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La physiologie féminine dans tous ses états© 2013 par Georgette Maria Delvaux. Tous droits réservés.

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