13 La rétention d’eau et les intestins

«N’oublions jamais que ce que le patient n’arrive pas à assimiler lui nuit.»

Dr Samuel Gee, 1839-1911

 

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Je me propose de quitter un instant la physiologie spécifiquement féminine, pour me pencher sur la malabsorption intestinale, une difficulté très courante, mais peu connue, susceptible de provoquer petit à petit une rétention d’eau. Bien qu’elle ne soit pas liée à la ménopause, elle peut, précisément, être difficile à distinguer de la rétention d’eau causée par un déséquilibre hormonal, surtout si elle se manifeste en même temps que cette dernière.

L’explication n’est pas simple à donner et va m’obliger à faire un détour. Le problème de la malabsorption intestinale se développe parce que l’intestin cesse peu à peu de digérer et d’absorber une certaine sorte d’hydrates de carbone. Il faut savoir qu’une molécule d’hydrate de carbone (ou glucide) est composée d’une longue chaine de molécules de glucose liées les unes aux autres.

Le glucose est le carburant de notre corps ;il lui donne l’énergie qui lui permet de fonctionner. Seul aliment qui ne nécessite pas de digestion, la molécule de glucose est assez petite pour être absorbée telle quelle. L’exemple d’une patiente horriblement stressée avant une opération permet de comprendre le rôle joué par le glucose. En effet, ce n’est pas tant l’opération qui la fait trembler de peur et transpirer, mais le fait qu’elle ait dû jeûner jusqu’à douze heures avant l’opération. Le sentiment de panique qui la submerge est directement lié à son hypoglycémie, c’est-à-dire au niveau trop bas de sucre dans son sang. Les infirmières connaissent bien ce phénomène. Pour y remédier, elles injectent du glucose par intraveineuse à leurs patients, qui voient le sentiment de panique disparaître presque instantanément.

Une des fonctions principales du système digestif est de fragmenter les grandes molécules d’hydrates de carbone en unités de molécules de glucose. Il y a deux grandes catégories d’hydrates de carbone dans notre alimentation: l’amylopectine et l’amylose (deux dérivés de l’amidon). Les molécules d’amylose sont très faciles à digérer, ayant une structure simple, pratiquement linéaire, peu ramifiée, ce qui les fait ressembler à un bâton ou une branche d’arbre.  Le contact entre l’amylose et ses enzymes digestives se fait sans problème. Dans la plupart des légumes, l’hydrate de carbone est l’amylose. Les légumes sont nourrissants, car ils contiennent des vitamines et des sels minéraux en abondance, et on les digère facilement. Les restes non digérés des légumes s’éliminent aisément, parce que leur haute teneur en fibres constitue une masse qui stimule les muscles intestinaux. Le volume des légumes, cependant, est trompeur, car ceux-ci contiennent une grande quantité d’eau, ce qui favorise l’hydratation, mais signifie aussi que l’on mange moins qu’on ne croit, et qu’on va avoir faim assez vite. Autre inconvénient des légumes: ils se gâtent rapidement, du fait de leur structure moléculaire simple, qui les rend instables.

La seconde catégorie d’hydrate de carbone, l’amylopectine, est très différente. L’amylopectine est l’amidon que l’on trouve dans les céréales et les farines, dans le maïs et le riz, dans la pomme de terre ou tout légume de la même famille, tel que la patate douce. Par opposition à celle des légumes, la structure moléculaire de ce type d’amidon est complexe et très stable. Elle est faite d’une chaîne de molécules de glucose très ramifiée, avec des liaisons stabilisatrices ; elle ressemble à une pelote de laine et peut être longue à digérer.

Les caractéristiques de l’amidon amylopectique ont été essentielles dans le développement de la civilisation humaine. Ayant trouvé le moyen de cultiver des céréales et de les conserver, l’homme a rendu possible non seulement l’agriculture et sa sédentarisation, mais aussi le temps libre et la réflexion, puis l’apparition de l’art. Des graines, ou des jarres destinées à contenir ces dernières, ont été trouvées sur la plupart des sites préhistoriques lors de fouilles archéologiques. Les graines de céréales pouvaient être séchées, et emportées avec soi lors de migrations, pour être semées plus tard, favorisant, pour peu que le sol soit fertile, de nouveaux peuplements.

Les céréales ont aussi comme caractéristique d’être très nourrissantes. Parce qu’elles sont faites d’amylopectine, elles sont digérées lentement, le glucose étant libéré dans le sang en petites quantités sur une longue période de temps. Cet apport régulier de glucose procure de l’énergie pendant de longues heures. On comprend dès lors pourquoi les céréales s’avèrent idéales pour tous ceux qui travaillent dur ou qui ont un effort physique à soutenir.

Mais toute médaille a son revers. Et ces merveilleuses qualités de l’amidon amylopectique, propres à sa structure, deviennent problématiques dans le cas d’un système digestif qui fonctionne mal. L’amidon reste alors dans l’intestin, à l’état non digéré, pendant des jours entiers, avec la fâcheuse conséquence que nous allons voir.

En effet, l’amidon amylopectique non digéré et non absorbé qui stagne dans les intestins provoque des rétentions d’eau dans l’abdomen. Ce phénomène s’accompagne de dérangements notoires, tels qu’un abdomen gonflé, des gaz continuels, sans oublier les douleurs que ceux-ci occasionnent, autant de désagréments qui commencent aussitôt le repas terminé, et durent souvent des heures.

Le transit intestinal, c’est-à-dire le temps entre l’ingestion et l’élimination, ralentit petit à petit pour prendre jusqu’à deux ou trois jours. Certaines personnes n’ont même pas conscience de leur état, ou alors longtemps plus tard. A moins qu’elles ne se refusent simplement à admettre que quelques-uns des aliments qu’elles mangent depuis toujours les rendent malades et les constipent? Le risque d’un transit ralenti, s’il n’est pas traité, est qu’il dégénère en constipation chronique, occasionnant, en plus des douleurs, d’éventuels épisodes de diarrhées. Au stade extrême, la constipation chronique devient une colite, lorsque même de simples disaccharides – sucres formés uniquement de deux molécules, comme le sucre de table, le fructose et le lactose – deviennent quasi indigestes.

La mauvaise absorption d’aliments est commune chez les personnes âgées, qui ont un niveau très bas de sucs gastriques, ou une déficience au niveau des enzymes, si elles n’ont pas déjà développé, petit à petit une hypersensibilité à l’amidon. N’en déplaise à Rabelais, les rots et les flatulences ne prêtent pas à rire, car à la longue, ils finissent par causer des douleurs musculaires et des raideurs aux articulations, voire même de l’arthrite, des maux de tête, un état d’épuisement, et même des éruptions cutanées comme le psoriasis.

Mais, me demanderez-vous, ces désagréments ne sont-ils pas simplement liés à l’âge et donc inévitables? Ma réponse est qu’un bon médecin, ou un bon praticien de médecine complémentaire, reconnaîtra tous ces symptômes de toxicité intestinale. Avec la prescription de plantes, d’enzymes, de probiotiques, et de vitamines, il recommandera un changement de régime alimentaire avant que la pathologie ne s’aggrave.

Si j’ai choisi d’expliquer tout cela en détail, c’est parce qu’un mauvais transit intestinal n’est pas réservé aux seules personnes âgées mais peut affecter n’importe qui, même une personne jeune et costaude, et ce pour une raison bien précise: il peut être la conséquence à retardement d’une prise d’antibiotiques pour des maladies n’ayant aucun rapport avec la digestion.

Prenons, par exemple, la cystite, cette infection des voies urinaires qui va couramment motiver une prise d’antibiotiques chez des femmes. Comment les voies urinaires sont-elles infectées et comment les intestins sont-ils affectés par cette infection? La vessie est infectée par l’invasion accidentelle de bactéries du gros intestin, rendue possible du fait que le canal urinaire d’une femme est très court et situé tour près de l’anus. Très simplement par la pénétration accidentelle de bactéries du gros intestin dans la vessie, rendue possible du fait que le canal urinaire d’une femme est très court, et situé tout près de l’anus. Habituellement, cette bactérie est l’Escherichia coli.[1].

C’est un fait avéré que nous partageons notre monde avec les bactéries. Pour certaines, notre corps est un habitat naturel – nous sommes leur planète, pour ainsi dire. La plupart du temps, si notre système immunitaire fonctionne correctement, et si elles restent dans les zones où elles vivent normalement, les bactéries sont inoffensives. Généralement, les E. coli prolifèrent dans le gros intestin, et les pneumocystis carinii dans les poumons. Quant aux staphylocoques – y compris le dangereux staphylocoque doré (staphylococcus aureus) – ils peuvent se développer à la surface de la peau, et ce, sans même poser de problème. Ces bactéries sont dites commensales[2]. Certaines font partie de notre alimentation quotidienne; nous connaissons celles qui sont dans les fromages, comme la moisissure du camembert (penicillium camemberti) et l’acidophilus du yogourt. On appelle parfois ces bactéries «probiotiques» parce qu’elles favorisent la vie. Ainsi, l’Escherichia coli est une bactérie probiotique, parce qu’elle favorise la dernière étape de la digestion dans le gros intestin. Elle fait partie de la flore intestinale.

Mais la bactérie probiotique E. coli est un gentil Docteur Jekyll seulement tant qu’elle vit dans le gros intestin. Dès qu’elle pénètre dans la vessie, elle devient un affreux Monsieur Hyde pathogène[3]. En tant que fauteur de trouble, les E. coli attaquent les parois de la vessie et causent l’infection urinaire typique. Si, de là, elles parviennent aux reins, elles peuvent déclencher une infection très dangereuse.

Si vous avez une infection urinaire, votre médecin vous proposera d’abord un antibiotique couramment prescrit, à large spectre. Les traitements par antibiotiques, tout comme les traitements par rayons X, peuvent être comparés, malheureusement, à des attaques de bombes nucléaires, en ce sens que les uns et les autres ne sont pas des armes de grande précision et conçues pour faire, au plus vite, un sale boulot, jugé indispensable. Un antibiotique à large spectre va littéralement «bombarder» le plus grand nombre de bactéries.

Concrètement, à peine entré dans le sang, l’antibiotique commence à s’occuper de l’infection urinaire. Il finira par tuer presque tous les E. coli qui se trouvent dans la vessie et aussi, bien sûr, presque tous les E. coli du gros intestin. Mais, compte tenu du large spectre, il va aussi sérieusement semer la pagaille parmi beaucoup d’autres bactéries et s’attaquer à de nombreuses bactéries utiles à l’organisme.

C’est dire si avant de prescrire un antibiotique, un médecin digne de ce nom se doit de faire un test de sensibilité, car sur la base des seuls symptômes, il ne peut confirmer qu’il s’agit bien de l’E. Coli. En faisant prélever un échantillon d’urine (et dans d’autres cas, des échantillons de la zone infectée ou de sang), le médecin veut s’assurer que l’antibiotique à prescrire est vraiment celui qui va combattre la bactérie suspectée d’être à l’origine du mal. Bien sûr, en cas de cystite, si l’infection est déjà très douloureuse, le médecin ne prendra pas le risque d’attendre les résultats d’analyses. On comprend mieux pourquoi les patientes souffrant d’infection urinaire n’ont pas d’autre choix, pour sauver leur vessie et leurs reins, que de tuer les E. coli, et donc d’exposer le gros intestin au dysfonctionnement. Les plus averties d’entre nous prendront de grandes quantités d’acidophilus ou d’autre probiotiques, pour réensemencer la flore intestinale avec de bonnes bactéries. Cela ne marche pas à tous les coups, principalement parce que nous ne savons, ni pendant combien de temps nous devons recourir à ces compléments, ni si les probiotiques sont encore actifs quand nous les prenons. En général nous arrêtons d’en prendre parce que nous nous sentons mieux … alors que, très probablement, il est prématuré de s’en passer.

Pour vraiment faire comprendre le fonctionnement des antibiotiques, j’ai choisi à dessein de  les comparer à une attaque nucléaire. Comme je l’ai dit, un antibiotique courant n’a jamais pour seule cible la bactérie qu’il est censé détruire; c’est une arme qui frappe aveuglément, et telle une bombe nucléaire, tue en masse, semant la destruction et la désolation sur leur passage.  Vous avez, sans aucun doute, vu des documentaires sur Hiroshima et Nagasaki et pu vous rendre compte que les bombes nucléaires ont détruit, outre l’ensemble des bâtiments, toute vie humaine, animale et végétale. Dans une zone touchée par ce genre de bombe, rares sont les survivants, et toute vie mettra une éternité à renaître.

On sait que la restauration d’une physiologie normale fut impossible pour les survivants japonais irradiés, et qu’une fois réalisée l’ampleur des dégâts, notamment sur leur ADN, on leur conseilla de ne pas essayer d’avoir d’enfant. Les antibiotiques, quant à eux, n’émettent pas de radiations ionisantes, bien sûr. De par leur nature, les bactéries sont de très petites créatures, dont l’ADN possède une étonnante capacité de mutation, leur permettant de s’adapter aux circonstances. Les bactéries existaient sur terre il y a déjà des centaines de millions d’années, avant que la race humaine ne se développe, et leur ADN a eu tout le temps de s’adapter à toutes sortes de situations. Non seulement elles existent en grandes quantités et se reproduisent à une vitesse exponentielle, mais chaque épisode de reproduction est une nouvelle occasion de s’adapter. En d’autres termes, les descendants des bactéries qui ont survécu à l’attaque d’un antibiotique sont souvent capables de résister partiellement ou entièrement à de nouvelles attaques du même antibiotique.

Dans les années quarante, après le développement des premiers antibiotiques, une vague d’optimisme se répandit dans la profession médicale; tout le monde pensait qu’il suffirait de développer l’antibiotique spécifique à chaque bactérie pour venir à bout de toute maladie infectieuse. Cet espoir est resté vain. Nous savons aujourd’hui que les bactéries sont nos seuls véritables prédateurs, avec leurs cousins les virus, les prions et autres redoutables petits assemblages d’ADN. Avec un peu de cynisme, on pourrait dire que, sans le faire exprès, nous aidons les bactéries et leurs compères à contrer de mieux en mieux nos différentes tentatives de combat pour les vaincre. Ce qui n’empêche pas les compagnies pharmaceutiques de développer de nouveaux et «meilleurs» antibiotiques, alors que la résistance aux antibiotiques est devenue le cauchemar des médecins.

J’ai, moi-même, à plusieurs reprises, choisi de profiter de cette course épique aux antibiotiques de plus en plus puissants, pour soigner de petites cystites de rien du tout. Mais force a été de constater que le résultat s’est avéré peu concluant. En effet, si je me suis débarrassée du problème à chaque fois, celui-ci refaisait surface quelques mois plus tard, dès que j’étais fatiguée ou déshydratée. Une crainte a fait surface. Qu’adviendrait-t-il le jour où j’attraperais une grave infection et que le nec plus ultra des antibiotiques, tel celui que j’ai récemment utilisé contre une nouvelle génération de E. coli, ne pourrait plus m’être d’aucun secours?

Je décidai donc de changer mon fusil d’épaule, et de suivre à la lettre les vieilles recettes de plantes médicinales dont j’avais entendu parler. Prenant mon courage à deux mains lors d’un nouvel épisode de cystite, j’ai avalé de grandes quantités de vitamines, d’antioxydants, d’herbes médicinales, sous toutes les formes possibles: jus, pilules, tisanes, ou gouttes d’essences. A l’instar du grand Maurice Mességué, les phytothérapeutes nous assurent que ces différentes substances éliminent les bactéries E. coli de notre vessie. D’ailleurs, avant l’invention des antibiotiques, les seuls traitements en cas d’infection urinaire, n’étaient-ils pas de se mettre au repos, d’utiliser des compresses chaudes, de prendre des bains de siège, de boire des tisanes et des extraits de fruits? Guérir d’une cystite prenait du temps à nos aïeules, mais elles y arrivaient. Eh bien, j’y suis arrivée, moi aussi, en prenant chaque jour mes grandes quantités d’antioxydants comme la vitamine C, les tisanes à base de raisin d’ours, d’extrait d’écorce de pin maritime, de graines de pamplemousse, … et des litres d’eau! Il m’a fallu une dizaine de jours de ce régime draconien pour venir à bout de tous mes symptômes, notamment des douleurs et des urgences, mais de trois ou quatre mois pour me débarrasser complètement des E. coli, au vu des analyses d’urine –pendant lesquels j’ai patiemment continué à prendre mes plantes.

Non seulement un tel traitement de plusieurs mois est long, bien trop long pour la plupart d’entre nous, mais, comme nous l’avons vu, il comporte aussi des risques. En effet, l’infection peut remonter dans les reins si on ne la contrôle pas. Un autre risque est que la bactérie qui vous agresse ne soit pas l’E. coli. C’est pourquoi, si vous essayez cette méthode, je vous recommande de prendre de fortes doses de toutes les substances mentionnées ci-dessus et de boire au moins trois litres d’eau par jour. Et d’aller au plus vite consulter un médecin si après un ou deux jours vous n’obtenez aucun résultat.

Récemment une meilleure méthode, tout aussi naturelle, a été trouvée pour éliminer les E. coli de la vessie, sans tuer toutefois les E. coli du gros intestin. On a pu isoler la substance qui se trouve dans les canneberges que recommandent en traitement les phytothérapeutes, et découvrir qu’il s’agit d’un sucre simple à molécule unique appelé mannose[4]. Il est facile de comprendre qu’un sucre simple cristallisé est davantage concentré que des baies ou des jus de fruits. Le mannose est une copie chirale du glucose, c’est-à-dire qu’il ressemble au glucose, comme le dos de la main droite ressemble au dos de la main gauche[5]. Autrement dit, le mannose, c’est presque du glucose, mais légèrement tordu, avec les sous-groupes moléculaires dans la «mauvaise» position. Le mannose n’est pas utile à notre organisme. Si nous buvons de l’eau avec du mannose, le système digestif n’en utilisera que très peu. Le mannose va être éliminé directement par les reins et la vessie, où il rencontre les bactéries E. coli. Cette rencontre est très profitable pour nous, car il se trouve que les bactéries E. coli préfèrent le mannose aux cellules des parois de la vessie; elles en sont carrément friandes. Mannose et E. coli s’unissent et partent ensemble avec l’urine. Buvez un verre d’eau avec une ou deux cuillères à café de mannose, huit à dix fois par jour, pendant un certain temps et voilà la fin de l’infection urinaire, sans dommage pour le gros intestin. Mais surtout, n’hésitez pas à boire le précieux breuvage jusqu’à ce que vous vous sentiez tout à fait remise, ce qui sera évident pour vous quand vous n’aurez plus ni douleur ni brûlure au moment d’uriner, et quand l’urine sera claire. Seule une analyse négative confirmera le rétablissement complet.

Le médecin orthomoléculaire qui a attiré mon attention sur ce traitement au mannose a guéri non seulement des infections urinaires à répétition, mais de dangereuses infections des reins. L’avantage important d’un tel traitement basé sur les plantes et les vitamines, pour guérir l’infection urinaire par E. coli est que les E. coli du gros intestin ne sont pas touchées et continuent à le faire profiter de leur travail, aidant la digestion des molécules complexes telles que les amylopectines. J’espère aussi qu’à la lecture de ces informations, vous vous rendrez compte qu’en buvant un grand verre d’eau avec du mannose après avoir fait l’amour vous vous protégerez aussi des prédateurs potentiels. Mais, encore une fois, et j’insiste, si vous vous soignez vous-même avec des plantes, des vitamines, ou du mannose, et que vous ne constatez aucune amélioration après un ou deux jours, vous devez aller consulter. Votre infection pourrait être déjà trop avancée, ou alors elle n’est pas due aux E. coli, ou bien encore, c’est que plus d’un type de bactéries se sont logés dans votre vessie.

Si vous m’avez suivie dans le détour de l’infection urinaire et de l’antibiotique, vous comprendrez maintenant qu’en reprenant contact avec le problème de la rétention d’eau due à un problème intestinal, nous ne nous sommes pas tant éloignés de notre sujet qu’il n’y paraît. Supposons que, ne sachant rien de ce que je viens de vous dire sur ces nouvelles méthodes largement ignorées visant à éliminer les bactéries E. coli de votre vessie, vous vous êtes débarrassée de votre infection urinaire due aux E. coli (ou d’une autre infection) avec des antibiotiques et que vous êtes retournée à votre vie ordinaire sans reconstruire une flore intestinale normale.

Le premier risque du traitement par antibiotique est qu’il n’ait pas éliminé toutes les bactéries pathologiques, et que votre système immunitaire soit, comme précédemment, incapable de s’occuper des survivantes; d’où la récurrence des infections urinaires. Un second risque est lié à la fausse idée qu’en fin de traitement l’antibiotique a pu neutraliser toutes les bactéries présentes dans le gros intestin. En réalité, d’autres bactéries, qui, elles, ne produisent pas d’infection et ne sont pas sensibles à l’antibiotique à large spectre utilisé, sont toujours là. Comme nous l’avons vu, nous vivons avec les bactéries; toutes sortes de bactéries entrent dans notre tube digestif avec les aliments et certaines survivent à la digestion. S’il n’y a pas d’E. coli ou d’autres bactéries utiles présentes pour défendre le territoire et maintenir la flore intestinale dont notre organisme a besoin, d’autres bactéries inopportunes vont venir s’installer, consommer notre nourriture et se multiplier. On peut ne rien remarquer pendant assez longtemps, mais entretemps elles vont prospérer, proliférer et se répandre dans toutes les parties de l’intestin. Elles vont rencontrer les amylopectines, ces hydrates de carbone qui sont digérés lentement ou incomplètement; voilà de la vraie nourriture pour elles; elles vont festoyer, et elles vont relâcher des gaz et les déchets de leur propre nutrition, qui sont pour nous des toxines.

Il faut se représenter l’intestin en excellent chien de garde, qui empêche les toxines – émises par les bactéries qui ne sont pas normalement présentes dans notre intestin, ou du moins pas en si grandes quantités – de traverser les parois de l’intestin et de pénétrer dans le sang. Ces toxines irritent les muqueuses qui tapissent l’intérieur du tube digestif, et celles-ci réagissent alors en sécrétant des quantités anormales de mucus pour se protéger. Cette procédure d’urgence va stopper le fonctionnement normal du tube  digestif, en ce sens que l’échange régulier de fluides et de substances nutritives qui se fait à travers les capillaires des parois intestinales n’a plus lieu. En conséquence, trois phénomènes se produisent: la rétention d’eau dans l’abdomen augmente, l’absorption de nutriments par les parois intestinales diminue, et les gaz s’accumulent à l’intérieur du tube digestif. En bref, les Huns ont gagné la bataille. L’intestin a rendu ses parois hermétiques pour protéger l’intérieur de la forteresse, tandis que les envahisseurs font le siège dans les champs, profitant de nos aliments et se reproduisant comme des lapins. Pour nous, la présence de ces hordes de malotrus dans l’intestin signifie notamment sensations de gonflement et flatulences, ainsi que les désagréments d’une digestion trop lente. Un dîner tardif suffit pour nous faire passer une nuit blanche, le ventre reste congestionné pendant des heures, les douleurs dues aux gaz ne nous lâchent pas; à long terme on peut même souffrir de malnutrition. Cette altération de la composition microbienne intestinale porte le nom de dysbiose. La constipation s’installe petit à petit et, finalement, on se retrouve sous laxatifs, auxquels on s’accoutume facilement, alors qu’ils sont loin d’être une solution au problème. Ils forcent simplement l’intestin à se vider, mais ne permettent pas de revenir à une digestion normale.

Je ne lis pas souvent la presse féminine, sauf chez le coiffeur ou chez le dentiste, mais un jour, alors que je feuilletais distraitement un magazine, je remarquai, dans les dernières pages, une publicité pour un «soulagement doux». En y faisant plus attention, j’ai trouvé dans beaucoup d’autres magazines, le même genre de publicité. C’est dire si ces problèmes de rétention d’eau et de constipation doivent être très répandus.

Que faire? Il n’est pas évident qu’un médecin comprenne que les bactéries proliférant dans le colon sont anormales. Ces bactéries ne sont même pas considérées comme pathogènes. Alors comment un médecin pourrait-il prescrire des antibiotiques? Et que serait l’avantage de bombarder à nouveau les envahisseurs, alors que les descendants des survivants auront déjà muté pour proliférer en de nouvelles colonies.

En prenant des antibiotiques pour sauver notre vessie, nous sacrifions la presque totalité des gendarmes du colon, nos bonnes vieilles bactéries commensales, les E. coli, et les autres espèces qui peuplent normalement nos intestins. Il n’y a plus à présent qu’une seule stratégie intelligente: déclarer l’embargo sur la livraison de nourriture et les affamer à mort! Nous savons ce que veulent ces bactéries indésirables; elles veulent de l’amidon, elles veulent les amylopectines partiellement digérées. Il faut donc absolument arrêter d’en consommer. Cela prendra du temps et de la détermination, mais ça marchera. Dans le cas de rétention d’eau et de troubles gastro-intestinaux mineurs, le problème peut être résolu en quelques semaines. La digestion va s’améliorer peu à peu, l’abdomen pourra dégonfler, il n’y aura plus de gaz en excès et le transit ne prendra plus qu’une journée. Il faudra continuer le régime un peu plus longtemps pour que l’équilibre des bactéries se rétablisse pleinement. Et ajouter de l’acidophilus et d’autres probiotiques, essentiels pour que le régime soit efficace.

L’amidon, ou hydrate de carbone, dont il faut absolument s’abstenir, se trouve dans toutes les céréales – seigle, millet et sarrasin inclus – et dans tout ce qui contient des céréales. Pour accélérer le processus de guérison, on doit aussi éliminer le sucre blanc et tous les autre sucres tels fructose, maltose et lactose (oui, le lait aussi, mais pas les fromages fermentés et secs, puisque la fermentation transforme le sucre). Tout cela serait certainement trouvé et par les bactéries. Donc pas de céréales, ni de pain, de maïs, de pommes de terre, de patate douce, ou de riz ; pas non plus de gâteau, de chocolat, de dessert. Ce régime est difficile à commencer. Ce n’est pas par hasard que je dis plus haut au sujet des hydrates de carbone qu’il nous faut absolument nous en abstenir. Les amylopectines sont devenus, pour nous, des nourritures méprisables, qui nous donnent des gaz et nous gonflent le ventre. Autant les tirer à vue! Les hydrates de carbone provenant de tous les autres légumes et des fruits (amyloses) ont des structures plus simples, ce qui nous permet de bien les digérer. Un régime approprié est composé d’une quantité raisonnable de protéines de bonne qualité et de provenance biologique: viande, œufs, et poissons, avec des fèves (à tremper), plein de légumes de saison, des huiles végétales, des fruits frais, des fromages secs et des noix. Si vous ne pouvez pas vous passer de sucre, prenez du miel non traité – c’est essentiellement du glucose. Ce dernier existe d’ailleurs aussi en poudre.

Si vous avez les problèmes intestinaux décrits ci-dessus et que vous faites ce régime pendant quelques semaines ou quelques mois, vous allez certainement vous apercevoir que vos intestins fonctionnent mieux, que votre abdomen ne vous ennuie plus, et que vous avez perdu du poids sans mourir de faim. Quand vous vous sentirez mieux, vous pouvez graduellement réintroduire le sucre et les farines, les pâtes, les frites et les gâteaux, et vous vous sentirez bien[6].

Mais libre à vous aussi de ne plus apprécier l’état dans lequel vous mettent ces hydrates de carbone, et d’éliminer celles-ci, si, peu après avoir mangé, vous vous sentez lourde  ou  somnolente, et que votre digestion est ralentie.

Je fais encore, pour terminer, une petite digression, m’éloignant de la mauvaise digestion et de la rétention d’eau due à la présence de bactéries anormales dans les intestins, pour m’intéresser à la relation de la nutrition avec la proprioception, cet art de percevoir les sensations internes. Si les amidons amylopectiques ne vous conviennent pas, pourquoi en manger? Certains individus sont des descendants de chasseurs et de cueilleurs, et non d’agriculteurs; ils n’ont pas naturellement en eux les enzymes qui leur permettraient de se sentir bien après avoir mangé de ces denses amidons amylopectiques. Ces aliments sont appelés «aliments de confort» par ceux qu’ils réconfortent; mais pour eux, ou vous, si vous en êtes, ce sont des aliments d’inconfort. Si dans la prière du «Notre Père», les chrétiens prient pour leur pain quotidien, il nous faut nous replacer dans le contexte des siècles passés, lorsqu’en période de famine, le pain était la seule nourriture que l’on pouvait trouver, grâce aux céréales stockées. Mais de nos jours, alors que vous connaissez  la raison de votre inconfort et que vous ne vivez pas dans un pays menacé par la famine, n’hésitez pas à bien identifier ce que vous aimez vraiment manger. Pour ma part, j’aime l’odeur du pain frais, mais j’y touche à peine. Après des années d’abstinence de pain, j’en ai pris une bouchée un jour; mon mari m’a demandé «Alors, c’est comment?» ; j’étais là assise en train de mâcher et je lui ai répondu «Comme du carton délicieux!».


  1. Les bactéries portent parfois le nom de la personne qui les a découvertes; dans ce cas c’est le Dr. Escherich, un autrichien; comme elle vit dans le gros intestin, ou colon, son nom latin signifie «la bactérie d’Escherich qui appartient au colon» ou, sous sa forme abrégée «E. coli».
  2. Le mot vient du latin (cum signifie ensemble, et mensa signifie table), et traduit littéralement, il se réfère à ceux qui mangent habituellement à la même table.
  3. Du grec pathos, qui signifie «souffrir», et genesis, qui signifie «origine».
  4. Disponible en ligne, l’article du Dr. Jonathan V. Wright: «D-Mannose for Bladder and Kidney Infections».
  5. «Chiro» en grec signifie la main.
  6. Le livre d’Elaine Gottschall, Breaking the Vicious Circle (Ontario, Canada: the Kirkton Press, 1994) traite de graves problèmes intestinaux comme la maladie de Krohn, la recto-colite hémorragique et les diarrhées chroniques. Elle explique comment un régime alimentaire approprié peut lentement améliorer et guérir ces maladies graves. L’information principale est que les hydrates de carbone et les sucres qui sont des molécules complexes ne sont pas digérés par un système digestif qui n’est pas au mieux de sa forme. Des informations plus récentes sont fondées sur ce fait. Gottschall propose aussi des moyens de changer les habitudes alimentaires, comment trouver des aliments de remplacement pour ce que nous consommons ordinairement.

License

La physiologie féminine dans tous ses états© 2013 par Georgette Maria Delvaux. Tous droits réservés.

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