12 La rétention d’eau et la déshydration

 

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Tout comme l’air, les aliments et le sommeil, l’eau est vitale car indispensable au bon fonctionnement de l’organisme. Au Sahara, un jeune homme en parfaite santé peut mourir de déshydratation en vingt-quatre heures. Lors d’un bilan de santé, la teneur totale en eau du corps est systématiquement mesurée, et dans les analyses, cette quantité figure sous les termes de «gravité spécifique».

La plupart des thérapeutes que j’ai rencontrés recommandent de boire au moins deux litres d’eau par jour, et plus la chaleur et l’activité physique sont importantes, plus le besoin en eau augmente. «Mais je vais passer ma vie aux toilettes!» me suis-je exclamée en entendant cela. J’ai été vite rassurée. Non seulement mon corps s’adapterait vite, mais surtout mon état de santé allait s’en trouver amélioré. Et effectivement, depuis que j’ai suivi ce conseil, je me suis rendu compte à quel point un manque d’eau peut affecter le bien-être, la concentration et la  digestion. Les symptômes d’une légère déshydratation sont multiples, et je n’en cite ici que quelques-uns: maux de tête diffus, constipation, crampes musculaires, légères enflures aux chevilles, et … terrible mauvaise humeur.

Un bon moyen de savoir si l’on boit assez d’eau est, d’une part, de faire attention à la quantité, à la couleur et à l’odeur de ses urines, et d’autre part, d’observer la fréquence des mictions, sachant qu’une bonne moyenne quotidienne se situe entre six et huit. Si vous voulez faire comme les médecins en Chine et au Tibet, vous vous servirez d’un récipient en verre et le fermerez hermétiquement avant de le tenir à contre-jour. L’urine doit absolument être jaune pâle, et transparente, avec très peu ou pas de particules flottantes, et l’écume ne doit pas subsister plus d’une demi-minute après agitation du récipient. De même, la légère odeur doit se dissiper rapidement. Si l’apparence de l’urine peut varier selon le moment de la journée, notamment le matin, au lever, lorsqu’elle apparait plus foncée, elle doit toujours rester transparente.

Bien sûr, certains aliments vont avoir divers effets sur les urines. Ainsi, les asperges leur donnent une forte odeur; la betterave rouge leur donne une couleur rose qui fait penser à du sang et nous effraye; la vitamine B fait virer le jaune pâle au jaune canari. Les médicaments, soit dit en passant, peuvent, eux aussi, modifier l’apparence normale de l’urine. Mais ces variations ne sont que temporaires. Dans les 48 heures qui suivent la consommation de l’aliment ou l’absorption du médicament, on devrait constater le retour à la normale.

Pour éviter de passer leur temps au petit coin, beaucoup de femmes préfèrent ne pas boire, même si elles ont soif. Grosse erreur! Une  déshydratation chronique grave entraine dans les tissus une accumulation, non seulement de sel normal, mais aussi de toutes sortes de minéraux, comme le magnésium par exemple. Cette accumulation de sels va avoir pour conséquence de retenir les liquides qui, bloqués de la sorte, entrainent l’accumulation d’eau dans le tissu déshydraté. C’est l’œdème. Inutile d’ajouter que les liquides ne profitent plus au corps. On comprend mieux pourquoi une personne déshydratée parait grosse. L’œdème est un signe de mauvais fonctionnement des reins et du foie, qui affecte tout l’organisme, y compris l’équilibre hormonal. Autant dire qu’il faut prendre la situation très au sérieux.

Je me souviens que les amies de ma mère, très coquettes, demandaient à leur médecin de leur prescrire du Lasix, un médicament diurétique qui fait sortir de force les liquides via les reins et la vessie. Elles pouvaient ainsi, en période prémenstruelle, synonyme de gonflement de l’abdomen et des seins, fermer leurs belles robes du soir. Quelle inconscience! Les diurétiques augmentent le débit de filtration des reins, qui, telles des vannes ouvertes, éliminent, en plus des liquides, des substances très importantes. Ajoutons à cela que le fait de prendre des diurétiques et de ne pas boire d’eau par coquetterie ne va en rien résoudre le problème chronique de rétention d’eau.

La rétention d’eau peut s’observer dans des parties du corps où, d’ordinaire, la graisse ne s’accumule pas, comme dans les chevilles ou sur l’orbite de l’œil. Il suffit d’enfoncer le doigt, durant une ou deux secondes, dans une cheville enflée pour voir si l’empreinte laissée par le doigt persiste ou pas. Le temps nécessaire pour que la marque se résorbe donne la mesure de la gravité de la rétention d’eau. Sur les chevilles d’une personne en bonne santé et parfaitement hydratée, le doigt ne laisserait pas de marque.

Nous avons vu que la rétention d’eau qui accompagne la période prémenstruelle, causée par un déséquilibre hormonal, peut provoquer un gonflement de l’abdomen, des seins et des jambes, bien visible mais temporaire. Chez une femme ménopausée par contre, la rétention d’eau a pour caractéristique de s’installer et de durer, sans qu’il soit apparemment possible d’y remédier et encore moins si elle a opté pour un traitement hormonal substitutif (THS) à base d’hormones synthétiques. Car disons-le, nombre de femmes d’un âge avancé croient encore qu’elles ont intérêt, pour prévenir l’ostéoporose et les maladies de cœur, à continuer leur THS malgré tout les risques de ses inconvénients.

C’est dans les années soixante[1] qu’on commença à traiter les symptômes de la ménopause en prescrivant des hormones; rapidement cela devint la norme. Le postulat était simple: on remplace ce qui manque par un complément aussi identique que possible, mais élaboré et synthétisé en laboratoire. Ne reconnait-on pas là la bonne vieille approche de la médecine occidentale, qui vise à faire disparaître le symptôme? Il faut reconnaître que, de prime abord, c’est la recette miracle, puisque les hormones artificielles de remplacement produisent l’état désiré en faisant disparaître les symptômes. Et c’est bien parce que la plupart des médecins adoptèrent cette approche symptomatique avec succès, que les vraies causes de nombreuses pathologies demeurèrent largement ignorées. Après une trentaine d’années, on fit enfin le rapprochement entre la prescription systématique d’hormones artificielles de remplacement pour les problèmes liés à la ménopause et l’augmentation des cas de cancers du sein et de l’utérus. Qui plus est, on se rendit à l’évidence que les hormones de remplacement ne présentait en réalité aucun des avantages, comme la prévention de maladies du cœur et des pertes de mémoire, que les médecins avaient cru leur trouver.

Si les problèmes de la ménopause sont généralement dus à un grave déséquilibre hormonal, ils peuvent aussi être imputés à d’autres dérèglements, comme ceux du foie, des glandes surrénales, de la thyroïde et même de l’hypophyse. La complexité de ces dysfonctionnements a éveillé l’intérêt d’une école de pensée  relativement nouvelle: la médecine orthomoléculaire. Je l’ai déjà mentionnée. Les médecins orthomoléculaires soignent au moyen de compléments hormonaux ou alimentaires faits de substances naturelles extraites de plantes. Mais ces compléments ne seront prescrits que tant que le manque est attesté par des analyses répétées. Le médecin se doit de connaître en détail l’histoire médicale de la patiente, car il va lui procurer des médicaments préparés sur mesure. Il va la contrôler régulièrement, dans le but d’ajuster les dosages, et lui proposer un régime alimentaire adapté. C’est sûr que pour la patiente, non seulement le traitement et les analyses coûteront cher, mais les résultats d’un tel suivi ne se manifesteront probablement pas en un jour. Autant dire que la patiente doit faire preuve d’une grande confiance à l’égard de son médecin.

Bien que la médecine orthomoléculaire se pratique depuis une bonne trentaine d’années, elle reste relativement inconnue. J’ai des patientes de 70 ou 80 ans qui prennent toujours encore leurs Prémarin et Provera – œstrogène et progestérone synthétiques -. Sous prétexte que leur médecin, il y a des années, leur a conseillé de poursuivre la prise, elles ne veulent, pour rien au monde, s’en passer. Elles ont peur des bouffées de chaleur et des sueurs nocturnes, et sont persuadées que sans l’apport de ces hormones, leur os vont se désintégrer. J’ai aussi eu l’occasion d’observer des amies et connaissances habitant à l’étranger, que je n’avais plus vues depuis longtemps. Toutes, sans exception, avaient pris du poids et me disaient ne pas se sentir bien. Elles s’étaient résignées, à prendre leurs hormones, de crainte qu’en les arrêtant, la situation n’empire. J’ai aussi eu l’occasion, pas franchement gaie, de disséquer des cadavres de femmes. Or souvent les parties du corps qui, vues de l’extérieur, semblent envahies par des tissus adipeux, n’ont que peu de cellules grasses; les tissus sont en fait gélatineux et imbibés d’eau.

De grands progrès ont été accomplis dans le domaine de la thérapie par hormones de remplacement naturelles ou bio-identiques, ainsi que dans le domaine des compléments alimentaires comme les vitamines, les acides gras essentiels et les plantes. A l’aide de ces traitements et suppléments, les acupuncteurs, phytothérapeutes, homéopathes, et autres naturopathes expérimentés peuvent soulager les problèmes liés à la déshydratation et à la rétention d’eau.

En conclusion, il est essentiel de consulter un praticien dans le cas de rétention d’eau importante et persistante, car celle-ci peut avoir beaucoup d’autres causes que le déséquilibre hormonal. Une rétention d’eau peut relever d’une mauvaise digestion ou d’une mauvaise absorption, aussi bien que d’un dysfonctionnement plus ou moins grave du foie, des reins ou du cœur. L’alcoolisme ou la drogue, ou encore la malnutrition sont également susceptibles de provoquer une rétention d’eau.


  1. Un livre publié en 1966, Feminine Forever par Dr Robert A. Wilson (New York: M. Evans and Compagny, 1966), a lancé la prescription d’œstrogène pour les femmes en ménopause. Jerome Groopman, dans son livre How Doctors Think (op. cité) p.210, nous informe: «On a découvert qu’une compagnie pharmaceutique fabriquant l’œstrogène avait payé le Dr Wilson pour écrire ce livre.»

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La physiologie féminine dans tous ses états© 2013 par Georgette Maria Delvaux. Tous droits réservés.

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