4 La ménopause

 

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Autrefois, tant qu’elles étaient en âge de concevoir, la plupart des femmes passaient leur temps à être enceintes, à nourrir leurs bébés et à prendre soin de leurs enfants, de leur mari et de leur maison. Rares étaient celles qui firent carrière ou réalisèrent une vocation. Au niveau de leur intimité, et compte tenu de tous les désagréments de leurs cycles, les femmes abordaient la ménopause presque avec soulagement. A ce stade, elles avaient souvent perdu tout intérêt pour les rapports sexuels au point de préférer fermer les yeux sur les maîtresses, afin de sauvegarder l’amitié de leur mari.

Il est intéressant de relever ici qu’en Afrique ou en Inde par exemple, les femmes des campagnes ont davantage de grossesses et moins de cancers du sein ou de l’utérus que chez nous. On attribue cet état de choses au fait qu’elles ne songent pas à limiter leurs grossesses et donc «n’obligent» pas leurs organes de reproduction à ne pas reproduire, comme nous le faisons dans nos pays très urbanisés et développés. Ce qui est en cause est la répétition des menstruations, mois après mois, qui chaque fois libère des hormones en grande quantité, et faciliterait le développement de cancers, des années plus tard. La plupart des gynécologues considèrent que de ne pas concevoir, même une fois dans sa vie, est un facteur de risque. J’ajouterais, pour ma part, que le risque devient encore plus élevé dès lors qu’intervient une contraception par hormones artificielles.

Qu’on me comprenne bien: en Afrique comme en Inde, médicalement parlant, la situation des femmes est très loin d’être idéale, même si elles réussissent, hors fausses couches, à donner naissance à huit ou dix enfants. Si elles peuvent compter sur des sages-femmes de village, ces femmes n’ont cependant aucun moyen de consulter et de recevoir des soins médicaux. Or elles attendent leur premier enfant souvent très jeunes, dans un corps pas encore totalement formé, et cumulent les naissances au rythme de leur fertilité, avec un risque croissant de déchirures du périnée. Les plus malchanceuses vont souffrir toute leur vie jusqu’à devenir incontinentes, avec pour effet l’exclusion de leur communauté pour raison d’impureté.

Dans nos pays dits civilisés, la ménopause fait peur. Plus on avance en âge, plus on la redoute.  On s’imagine déjà, le visage de plus en plus ridé, les bras flasques, avec des problèmes de sécheresse vaginale. En résumé, l’image qu’on se fait de la ménopause, est celle d’une beauté qui s’en va, et d’une irritabilité à faire fuir votre partenaire, qui, bien sûr, ira forcément voir ailleurs. Il faut admettre que souvent les relations de couple tournent mal au moment de la ménopause. Celle-ci n’est pourtant pas seule en cause. Les hommes dans la soixantaine, voient, eux aussi, leur production d’hormones sexuelles décliner et sont susceptibles de rencontrer des problèmes physiques et psychologiques. C’est l’andropause, mais on évite d’en parler à voix haute, et on fait semblant de rien. On s’amuse à noter, chez l’un ou l’autre, un besoin soudain irrépressible de s’offrir une nouvelle voiture, de sport évidemment et rouge si possible, alors que l’humeur, elle, est de plus en plus sombre!

Aux femmes que la ménopause terrorise, je voudrais dire qu’il leur faut se rassurer et imaginer, l’espace d’un court instant, tout ce qu’elles vont pouvoir faire avec l’énergie qu’elles auront déployée jusqu’alors, et chaque mois, pour rester concentrées, efficaces et d’humeur égale, en dépit de leurs bouleversements hormonaux.

Beaucoup de femmes saluent la ménopause comme une bénédiction et une libération. Certaines, après coup, n’y ont vu que du feu et évoquent un formidable retour de vitalité. Margaret Mead, la célèbre anthropologue, a parlé de l’élan vital de l’après-ménopause («post-menopausal zest»). Tout aussi clairement, une de mes patientes s’est vue dire par une femme particulièrement drôle et lucide: «Comment voulez-vous réfléchir tant que vos parties intimes fonctionnent à plein régime?»

Les hormones commandent l’essentiel de notre physiologie. Un ouvrage d’endocrinologie nous en convaincra rapidement. On l’a vu, le syndrome prémenstruel relève essentiellement d’un déséquilibre entre œstrogène et progestérone, lorsque le taux d’œstrogènes est anormalement élevé. Au début de la ménopause, la situation est comparable, en ce sens que la quantité de progestérone produite diminue, et que le taux d’œstrogènes est, du coup, trop important. Il n’est pas étonnant, dès lors, que les symptômes d’un début de ménopause, dus à ce rapport déséquilibré en faveur des œstrogènes, soient similaires aux symptômes prémenstruels et ressentis de  la même façon: rétention d’eau, menstruations abondantes et irrégulières, et malaise psychologique. Il n’est pas impossible qu’un début de ménopause provoque également un dérèglement de la  thyroïde et des glandes surrénales. Il est souhaitable que le thérapeute consulté ne prescrive pas d’emblée, aveuglément, des hormones, soient-elles bio-identiques, même si un  traitement hormonal substitutif venait, au final, à être recommandé. A ce stade, il s’agit de prendre en compte avec son médecin tous les éléments possibles : style de vie, facteurs de stress, alimentation et compléments alimentaires.

Les déséquilibres hormonaux autour de, et pendant la ménopause, peuvent se manifester de façons très différentes et selon des combinaisons variées. Si certains phénomènes peuvent apparaître isolément, d’autres, plus souvent, apparaissent en simultané. Dans ce dernier cas, le défi sera de faire le lien et de traiter à temps la moindre anomalie qui en arrive à perturber l’état de santé. Les médecins ont encore trop tendance à traiter les problèmes un à un. Les plus courants, auxquels font face les femmes en phase de pré- ou de ménopause, sont la maladie fibrokystique du sein, le fibrome utérin, l’ostéoporose et les fractures qui en résultent, la déshydratation et la rétention d’eau, les bouffées de chaleur, l’anxiété, et l’insomnie.

Il n’existe à ce stade aucune recherche scientifique qui nous permette de prouver un lien entre tous ces symptômes et ces états. Mais pourquoi attendre qu’une étude sur vingt ans et sur des dizaines de milliers de femmes soit lancée, s’il nous est possible, à nous thérapeutes, de voir ce qui est évident, et d’entendre ce que les femmes ont à dire, pour peu qu’on les écoute?

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La physiologie féminine dans tous ses états© 2013 par Georgette Maria Delvaux. Tous droits réservés.

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