5 La maladie fibrokystique et le risque de cancer du sein

 

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Pendant la ménopause et parfois bien avant, beaucoup de femmes développent aux seins de petits kystes fibreux ou des nodules, ou alors des fibroadénomes, qui sont des néoplasies, dites tumeurs bénignes. Elles peuvent ne rien sentir du tout, mais les conséquences les plus communes pour les femmes qui souffrent du syndrome prémenstruel varient entre un sentiment de lourdeur, un gonflement ou une douleur aux seins lorsque leurs règles approchent. Il y a fort à parier que la plupart des femmes finissent par considérer normaux ces symptômes fort désagréables qui disparaissent après les règles et, du coup, elles n’y prêtent plus attention.

En fait les médecins aussi la considèrent comme normale, car fréquente, vu que beaucoup de femmes en sont affectées. Et s’il est vrai qu’en principe, une maladie fibrokystique du sein sans complication n’est pas jugée grave, parce qu’elle n’implique que du tissu conjonctif neutre, on admettra que normale et fréquente ne veulent pas dire la même chose. Pour ma part, je prétends qu’il n’est pas normal d’avoir des tissus fibreux qui prolifèrent dans le sein, même si 80% des femmes développent des fibroadénomes après l’âge de 40 ans.

Je m’explique : du tissu conjonctif neutre, ou un kyste fibreux neutre  n’a de neutre que le nom. En réalité, le tissu fibreux, où qu’il soit, est toujours un tissu de fin de bataille, un tissu de cicatrice. Car le corps humain est bien fait, qui nous permet de cicatriser. Si les petites cicatrices que nous avons tous disparaissent petit à petit, les plus grandes nous rappellent une blessure et avec elle, le saignement, la douleur, le volume de l’inflammation et finalement, la guérison de la plaie. Tout en reconnaissant pouvoir me tromper, je prends le risque ici de mettre les tissus fibreux qui se développent au sein sur le compte d’un processus inflammatoire. Similaires dans leur composition aux tissus cicatriciels, les kystes fibreux pourraient bien être le stage terminal d’une inflammation,  celle-là même qui se produit et revient mois après mois, causée par un excès d’œstrogène et par son manque de progestérone en contrepartie.

Or, on l’a vu plus haut, on a les moyens de corriger ce déséquilibre par un traitement hormonal substitutif.

Que propose cependant la grande majorité des médecins en cas de formation excessive de tissus fibreux dans les seins? Une première mammographie de routine, puis une biopsie, au cas où le radiologue ne peut pas se prononcer clairement sur la nature bénigne ou maligne de la zone de tissus fibreux. L’examen au microscope des cellules suspectes est fait par le pathologiste, qui, seul, déterminera si elles sont cancéreuses ou pas. C’est la seule source fiable d’information en la matière. Il faut savoir que 80%, des biopsies sont négatives. Elles n’en laissent pas moins de vilaines cicatrices au sein, et le traumatisme d’une terrible peur.

Il y a d’autres outils de détection du cancer du sein. Les ultrasons, par exemple, qui permettent de faire la différence entre un nodule solide, signe de cancer, et un kyste bénin, qui n’est rempli que de liquide. D’autres moyens diagnostiques bien plus complexes incluent l’imagerie par résonance magnétique (IRM) et la tomographie par émission de positons (TEP). On ne saurait se priver de tels outils si nécessaire. Malheureusement le meilleur outil reste, jusqu’à nouvel avis, la biopsie et le rapport du pathologiste.

Il semble acquis maintenant que la plupart des cancers du sein se développent à partir d’un carcinome canalaire in situ[1], c’est-à-dire dans un petit conduit du sein. Dans 98% des cas, ces petits cancers arrêtent leur développement à ce stade. Soit le système immunitaire permet au corps de s’en débarrasser, soit ils restent là sans rien faire, inaperçus. Dans le cas des 2% restants cependant, les cancers commencent à développer leur propre système sanguin alors qu’ils sont encore in situ. Ce processus est appelé néo-angiogenèse[2]. La néo-angiogenèse est ce qui transforme une innocente petite tumeur en un vilain cancer. Dès que la tumeur a développé sa propre ressource en sang, elle peut croître rapidement. On comprend dès lors l’importance et le rôle de l’imagerie médicale dans le cadre d’un dépistage précoce.

Un cancer encapsulé dans un petit canal du sein peut grandir, mais tant qu’il n’a pas franchi la membrane qui le contient et demeure donc in situ, il peut être enlevé chirurgicalement sans risque. Par contre, je ne pense pas que dans le cadre d’une biopsie, pénétrer dans le canal pour prélever un échantillon de tissu potentiellement cancéreux soit une bonne idée. En effet, le risque est que l’aiguille utilisée libère des cellules cancéreuses, qui se propagent alors ailleurs par le sang et le système lymphatique. En optant pour une nodulectomie ou tumorectomie, c’est-à-dire en prélevant la totalité de la petite tumeur y compris la capsule ou le conduit, ce risque est évité. D’autant plus que souvent, il se passe des semaines après une biopsie déclarée positive, avant qu’un traitement plutôt qu’un autre ne soit décidé, sans parler du temps qu’il faut pour obtenir un  deuxième ou troisième avis.

L’extraction d’une tumeur encapsulée est considérée réussie quand il n’y a aucun signe de cellules cancéreuses en dehors de la capsule ou dans les nœuds lymphatiques adjacents. Une chimiothérapie n’est donc pas nécessaire. Le cancer a été éradiqué. Autrement dit le feu est éteint. Mais on sait tous qu’un feu mal éteint peut se rallumer. Ainsi, en est-il d’une maison: dès que la fumée s’est dissipée, les pompiers prennent leurs haches et abattent tout ce qui fume ou est en contact avec un débris fumant. Puis la maison doit être réparée, la partie incendiée reconstruite. Même les pièces voisines et les .parties plus éloignées, endommagées par la fumée, ne sont plus habitables. La maison entière demande des soins. Il en va de même avec notre corps.

Quand se développe une tumeur, c’est que le système immunitaire, le système de sécurité, a failli. Est arrivé alors le moment de mettre en lumière les facteurs de stress et le degré de fatigue habituel ; et d’évaluer l’éventuelle surexposition aux agents cancérigènes de l’environnement, de l’alimentation et des cosmétiques. Tous ces facteurs peuvent contribuer à la défaillance du système immunitaire. Il faudra prendre des vitamines, des minéraux, des plantes, des acides gras essentiels et des aminoacides. L’exercice physique doit être réintroduit petit à petit. On devrait aussi considérer l’acupuncture. En d’autres termes, le terrain, l’environnement biologique, doit être restauré. Certains naturopathes parlent de «la rééducation du système immunitaire». La totalité du processus peut prendre un an ou deux, au moins. Mais si ce travail n’est pas effectué, un système immunitaire affaibli peut, encore une fois, être mis à mal.


  1. In situ, du latin, signifie dans l’endroit même.
  2. Néo-angiogenèse associe le préfixe néo pour nouveau, et le mot angio signifiant vaisseau sanguin, et le mot genèse. Ce qui revient à dire que le cancer génère son propre système sanguin

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La physiologie féminine dans tous ses états© 2013 par Georgette Maria Delvaux. Tous droits réservés.

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