1 Le syndrome pré-menstruel

«Les yogis pourraient être des exemples.

J’ai lutté durement et beaucoup de gens pourraient ressentir ce que j’ai ressenti.

Alors pourquoi ne pas tout leur dire, afin qu’ils
connaissent la vérité et qu’ils aient aussi du courage?»

B.K.S.Iyengar

 

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En médecine, un syndrome est un ensemble de signes et de symptômes qui, regroupés, permet d’orienter le diagnostic. Le mot nous vient du grec sundromé et nous renvoie à l’idée d’un concours et d’une réunion tumultueuse. Quoi de plus vrai s’agissant du syndrome prémenstruel? Ne sommes-nous pas en plein tumulte, soumises à quantité de désagréments physiques et psychologiques?

La phase prémenstruelle du cycle féminin débute normalement à l’ovulation, deux semaines après le premier jour des règles. Elle s’annonce parfois par une légère douleur momentanée dans un ovaire; c’est le Mittelschmerz, un terme allemand qui signifie «douleur du milieu». Cette douleur accompagne la libération de l’ovocyte du follicule, qui est entrainé dans les trompes vers l’utérus. Certaines femmes ressentent cette petite douleur sans clairement l’identifier, car il s’agit d’une très légère sensation. D’autres la perçoivent plus nettement. Dans la phase post-ovulatoire, s’il y a un déséquilibre hormonal, il se produit une rétention bien visible de liquides qui s’accumulent petit à petit sous la peau: yeux bouffis le matin, gonflements au sein, au ventre et aux jambes, le soir surtout. Une constipation peut s’installer, car les liquides stagnent en périphérie et ne parviennent pas dans l’intestin. Sur le plan psychologique, également, se profilent des signes indicateurs de bouleversement, tels que sautes d’humeur, agitation, ou apathie. L’être aimé ne deviendrait-il pas distant? Cette vague impression, qui devient plus réelle au fur et à mesure des jours qui passent, fait partie des scénarios courants en phase post-ovulatoire, tout comme la vaisselle cassée accidentellement, ou encore, le fait de se trouver au volant arrêtée à un stop en train d’attendre calmement un feu vert hypothétique.

Puis arrive le moment des règles, annoncé à l’époque de nos grand-mères par une petite phrase chuchotée: «les Anglais ont débarqué», en allusion à la couleur de l’uniforme des soldats ennemis. Aussitôt, comme par magie, l’humeur s’éclaire, et grâce à de fréquentes mictions et à la reprise normale du transit intestinal, les gonflements disparaissent.

Alors que je me plaignais moi-même à mon sympathique homéopathe de l’extrême amplitude des symptômes que mon cycle me faisait subir, il me répondit: «c’est parce que vous êtes une femme». Et me voyant insister, il poursuivit: «c’est parce que vous êtes très femme»! Il me donna un remède, que mon manuel d’homéopathie indiquait pour pallier un manque de courage. N’avais-je pas sous les yeux une preuve de sa parfaite ignorance?

Pour les plus progressistes des naturopathes, ces journées où l’on se lève du pied gauche sont considérées comme des épisodes de «dysfonctionnement endocrinien». Dans ce cas, il s’agit, d’une part, d’un excès d’œstrogène, et d’autre part, d’une déficience de progestérone – ou plus exactement, d’un manque de progestérone  au moment précis où l’œuf est libéré. Si rien n’est fait pour corriger ce déséquilibre, il persistera jusqu’à pouvoir provoquer des problèmes plus graves à l’approche de la ménopause. Or un déséquilibre hormonal préexistant rend la ménopause particulièrement difficile à vivre. Le risque porte sur la capacité de discernement et sur la santé en général, surtout si, du fait des douleurs et des difficultés qu’elles engendrent dans le quotidien, la femme se résout rapidement à prendre des hormones artificielles, ce que proposent encore couramment les médecins. Il faut savoir que les hormones artificielles, si elles font disparaître les symptômes très rapidement, fragilisent aussi les femmes en les exposant potentiellement à plus de risques.

Récemment, la presse spécialisée s’est faite l’écho d’un grand débat opposant les partisans et les adversaires du traitement hormonal substitutif, qui, jusqu’en 2002, était considéré comme une solution sûre et nécessaire pour toutes les femmes[1]. C’est la Nurses Health Study, une enquête américaine de grande envergure datant des années 70, et portant sur des infirmières, qui a initié cette controverse encore d’actualité. Depuis, d’autres études sur le traitement hormonal substitutif ont suivi[2]. Mais ce qu’ignore la plupart des gens, c’est que les hormones auxquelles se réfèrent ces études ne sont pas des hormones extraites de plantes et dites bio-identiques, soit biologiquement identiques aux nôtres. Elles sont artificielles, et provoquent de dangereux effets secondaires, précisément parce qu’elles sont artificielles, c’est-à-dire presque identiques aux nôtres, mais en partie synthétiques. A ce stade, signalons qu’on est encore loin d’un semblant de consensus entre médecins sur cette question de traitement hormonal substitutif, qu’il s’agisse, d’ailleurs, d’hormones artificielles ou naturelles.

Une théorie récemment acceptée mérite ici notre attention. Selon cette théorie, nous, les femmes, sommes victimes d’un excès d’œstrogène, parce que nous absorbons des xéno-œstrogènes (du grec xeno, signifiant «étranger»), qui ont une structure semblable à celle de nos propres œstrogènes, au point que notre corps est incapable de faire la distinction. Mais où trouve-t-on ces xéno-œstrogènes? Globalement, elles existent dans la plupart des polluants de notre environnement. Plus concrètement, les hormones artificielles sont présentes notamment dans la nourriture des animaux, dont nous mangeons la viande. D’autres xéno-œstrogènes sont présents dans les pesticides des fruits et légumes. D’autres polluants industriels et plastiques entrent dans notre chaîne alimentaire et dans nos corps par accident ou par négligence criminelle. Ajoutons que les xéno-œstrogènes sont aussi conçus pour avoir une structure plus stable, et une durée de vie bien plus longue que nos propres hormones. En effet, tandis que nos œstrogènes se désagrègent dès qu’elles ne sont plus nécessaires, les xéno-œstrogènes continuent de circuler dans notre corps pendant longtemps. C’est leur présence qui est rendue responsable des symptômes prémenstruels décrits ci-dessus – et de bien d’autres, pires encore.

Lorsque les taux d’œstrogènes dépassent un certain seuil, la situation peut être qualifiée de grave. Chez les hommes, l’excès d’œstrogènes provenant de la nourriture peut entraîner le gonflement des glandes mammaires. Chez les enfants, on peut voir apparaître un développement très prématuré des caractères sexuels. On relève même des cas de cancers de l’utérus et des ovaires chez des fillettes de huit ans, ayant déjà de la poitrine et des poils pubiens, aussi bien que des cancers des testicules chez des garçonnets aux organes sexuels complètement développés.

Dans le premier stade d’un déséquilibre hormonal, les femmes ont tendance à prendre du poids, sans même commettre d’excès alimentaire. En effet, ce n’est pas la graisse qui est en cause, mais la rétention d’eau. A titre de comparaison, on n’est pas si loin du veau aux hormones des années soixante-dix, dont les gens de ma génération se souviendront: une viande, a priori, très belle et bonne, mais qui pendant la cuisson allait perdre tout son moelleux pour arriver sèche et dure dans l’assiette.

Les agents conservateurs sont une autre catégorie de substances potentiellement dangereuses, car témoignant d’une activité analogue à celle des œstrogènes artificielles. On les trouve partout, dans la nourriture comme dans les cosmétiques[3]. A titre d’exemple parmi tant d’autres, considérons la catégorie des parabènes, dont on croit qu’ils s’attaquent surtout aux cellules du sein. Différents parabènes se trouvent dans les cosmétiques, notamment dans les déodorants, crèmes, lotions, savons liquides, shampoings, rouges à lèvres. Il suffit de lire les étiquettes : ethylparaben, méthylparaben, butylparaben, ou ethylbutylparaben. Ils sont aussi souvent frauduleusement indiqués comme simple «parfum». A noter que ces parabènes figurent aussi dans la composition de cosmétiques soi-disant complètement naturels.

J’ai, pour ma part, perdu mon calme dans le cas d’une crème de soin dont la publicité, particulièrement agressive, vantait les mérites d’une longue liste de médecins ayant œuvré à la fabrication de ce merveilleux produit, à haute teneur en vitamines et antioxydants. M’étant manifestée au sujet des parabènes que j’avais relevés sur la liste des ingrédients, je reçus d’un de ces médecins une réponse écrite selon laquelle aucune recherche n’avait pu démontrer que les parabènes endommageaient les tissus humains. L’argument est classique, puisqu’il n’y a effectivement aucune recherche prouvant ce point. Mais est-il satisfaisant pour autant? En effet, à quelles recherches se réfère-t-on? Ont-elles été faites sur des lapins ou sur des rats? Sur des tissus humains in vitro? En espérant prouver ce qu’il avançait, ce médecin eut l’outrecuidance de me signaler qu’il utilisait lui-même ces produits. Quel comble ! Il avait manifestement fait l’impasse sur le cycle menstruel des femmes et leur consommation forcément supérieure de cosmétiques. Il faut savoir que chez les hommes les effets indésirables dus aux parabènes existent bel et bien mais restent imperceptibles.

Les parabènes ne représentent qu’une toute petite partie d’une longue liste de composants chimiques utilisés dans la fabrication des cosmétiques, dont on sait maintenant qu’ils ont sur nous des effets indésirables, analogues à ceux des hormones. Pensez au nombre de cosmétiques que vous utilisez en une seule journée, sans doute plusieurs fois par jour et probablement depuis un certain nombre d’années. N’est-il pas logique de penser que les effets d’une substance, même très faiblement nocive, puissent s’accumuler peu à peu? Pour ma part, munie de ma loupe, je me suis rendue dans ma parfumerie préférée. J’y ai passé en revue de longues listes d’ingrédients chimiques, dans le but de trouver des produits sans parabènes. Même le responsable, dont j’avais attiré l’attention après quelques heures, s’est fait un devoir de m’aider. Au final, nous n’avons trouvé que deux ou trois produits composés d’extraits de citron et de vitamine C en guise de conservateurs. Inutile de vous décrire la détermination avec laquelle, une fois rentrée chez moi, je me suis débarrassée de tout mon arsenal de produits de beauté!

Bien sûr, tous les problèmes hormonaux rencontrés par les femmes ne sont pas dus uniquement aux polluants trouvés dans les cosmétiques et dans notre environnement. Si c’était le cas, on serait déjà capable, avec un peu de lucidité et de matière grise, de les éviter. En fait, le déséquilibre hormonal a toujours existé. Au dix-neuvième siècle, on parlait simplement de neurasthénie en cas de fatigue chronique à la fois mentale et physique, et on prescrivait du laudanum, un nouvel opiacé soit disant idéal, car censé ne provoquer aucune dépendance. On sait maintenant, bien sûr, à quel point médecins et pharmacologues se sont trompés.

Comme toute autre maladie, le déséquilibre hormonal peut être dû aux différents types de stress auxquels nous nous exposons, ainsi qu’à l’accumulation des effets que provoquent nos simples mauvaises habitudes comme celles de mal ou trop manger, de fumer, ou de ne pas dormir suffisamment. De plus, on ne saurait écarter, des causes potentielles de toute pathologie, le vieillissement naturel, les aléas génétiques, et même la malchance.

Mon propos n’est pas de nier la difficulté à déterminer ce qui peut provoquer une pathologie, mais de rappeler, que la guérison est souvent à portée de main si elle est identifiée assez tôt. Un déséquilibre hormonal, notamment, peut avoir des conséquences à très long terme s’il n’est pas traité. Concrètement, aux premiers sentiments de malaise, une jeune femme, avouera simplement ne pas se sentir très bien, sans même se douter de l’existence d’un éventuel malaise plus profond. Or la réalité, plus inquiétante, est qu’elle est constamment fatiguée et à cran, qu’elle a le ventre gonflé et qu’elle appréhende ses règles.

C’est à ce stade des premiers symptômes qu’il est important de poser un bon diagnostic. Le dysfonctionnement est-il hormonal? Se situe-t-il plutôt au niveau de la thyroïde ou des surrénales? Qu’en est-il du régime alimentaire? Y-a-t-il d’autres facteurs à considérer? La prudence est de mise, assurément : mieux vaut aller consulter, Acupuncteurs, médecins ayurvédiques ou homéopathes, tous ces praticiens savent appliquer un traitement au diagnostic. Un naturopathe épluchera avec soin les résultats d’analyses de laboratoire et, prescrira, s’il y a lieu, des hormones bio-identiques, en suivant de près les futurs résultats obtenus, pour arrêter la prescription dès que l’équilibre aura été trouvé. Nous avons vu que « bio-identique » signifie «comme dans la vie». Les hormones administrées doivent être précisément celles qui manquent et, surtout, provenir de plantes, plutôt que de juments. Car aussi incroyable que cela puisse paraître, l’œstrogène artificielle habituellement prescrite aux femmes est extraite de l’urine de jument enceinte, qui, s’il est vrai qu’elle contient partiellement ce dont nous avons besoin, est faite aussi d’hormones chevalines, dont nous nous passons bien évidemment volontiers, n’ayant aucune prétention à séduire des étalons.


  1. Selon le quotidien The Wall Street Journal du 15 décembre 2006, le nombre de femmes diagnostiquées d’un cancer du sein en 2003, a chuté de 7%. L’explication avancée par les scientifiques, était que les femmes avaient arrêté de prendre des hormones artificielles et pris davantage de calcium et de médicaments anti-inflammatoires. Le The New York Times annonçait le même jour en couverture, qu’une forme commune de cancer du sein avait chuté de 15% entre août 2002 et décembre 2003 alors que le cancer du sein, tous types confondus, avait chuté de 7%. Enfin, le 11 janvier 2007, un article du Wall Street Journal intitulé «Décision sur les hormones: comment peser les risques» détaillait de façon exhaustive les risques de la thérapie d’hormones de substitution
  2. Le Nurses’ Health Study, étude publiée en 1976, à laquelle participèrent 121.700 infirmières, démontre les avantages d’un traitement hormonal de substitution pour les femmes ménopausées. Une deuxième étude sur le traitement hormonal, The Women’s Health Initiative, la plus vaste expérience randomisée et contrôlée cliniquement, et menée par le National Institute of Health, fut arrêtée en 2003, quand les chercheurs en arrivèrent à la conclusion que les hormones de substitution augmentaient les risques de cancer du sein, d’accident vasculaire cérébral et de caillots sanguins, et qu’ils n’offraient aucune protection contre les maladies de cœur
  3. Le site internet (en anglais) « Skindeep » est une excellente source d’information sur les agents polluants présents dans les cosmétiques : www.ewg.org/skindeep/

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La physiologie féminine dans tous ses états© 2013 par Georgette Maria Delvaux. Tous droits réservés.

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